Loups: hybridation ma non troppo

Le 18 septembre 2017 par Marine Jobert
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Le loup français, à 92,5% d'origine italienne.
Le loup français, à 92,5% d'origine italienne.
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Si certains loups sont si familiers avec l’homme et ses brebis, n’est-ce pas le propre de bêtes dont les parents auraient fauté avec des chiens? La rumeur d’une hybridation élevée chez les animaux ayant attaqué des troupeaux a couru cet été d’alpages en plateaux. Elle vient d’être démentie par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), qui publie pour la première fois les résultats d’analyses génétiques montrant que près de 92,5% de la population lupine est 100% lupus lupus.

La presse régionale s’en est largement fait l’écho cet été: de nombreux loups hybridés avec des chiens peupleraient les campagnes françaises, participant aux attaques de troupeaux et s’approchant avec familiarité de l’homme. A l’origine de cette affirmation, des analyses génétiques confiées par une poignée d’éleveurs à un laboratoire allemand, qui prouveraient non seulement l’existence de nombreux loups hybrides en France, mais aussi la présence de bien plus d’animaux que les quelque 360 loups officiellement identifiés sur le territoire. En toile de fond, un objectif: faire perdre au loup le statut d’espèce protégée que lui assure la protection de la Convention de Berne. Jusqu’à présent, l’Oncfs s’en tenait à un laconique constat: aucun loup hydride n’avait été détecté en France. C’est cette doctrine que viennent de remettre en cause les analyses génétiques publiées il y a quelques jours par le même Oncfs.

99% de l’ADN en commun

En juillet dernier, l’Office confie opportunément à un laboratoire le soin, parmi 228 échantillons de fèces, d’urine ou de poils collectés sur le terrain ou prélevés directement sur des animaux morts, de détecter la présence éventuelle d’hybrides entre le loup (Canis lupus lupus) et le chien (Canis lupus familiaris) et d’en estimer la proportion. Les deux espèces partageant 99% de leur ADN, la seule méthode fiable consiste à comparer statistiquement la composition génétique de l’échantillon analysé à celle de populations de référence de loup, de chien, et des mélanges possibles issus de l’hybridation des deux. Une délicate mission, confiée à un laboratoire «reconnu au plan international dans le domaine des analyses génétiques sur la faune sauvage», précise l’Oncfs, critiquant en creux la robustesse des preuves génétiques récoltées par les éleveurs et l’opacité de la méthodologie du laboratoire sollicité en Allemagne.

120 loups sur 130

Sur les 155 échantillons exploitables -chacun a été analysé 4 fois indépendamment-, 143 correspondent à des animaux différents (plusieurs prélèvements pouvant correspondre à un même animal), dont 13 ont été identifiés comme des chiens. Parmi les 130 individus restants, les analyses ont montré que 120 sont des loups, tous de lignée génétique italienne; 2 ont des signatures génétiques qui correspondraient à des hybrides de première génération; 8 ont des signatures génétiques qui correspondraient à une hybridation plus ancienne.

Ce qui donne un taux d’hybridation dans la norme européenne (qui varie de 2 à 10% selon les pays), avec un phénomène d’hybridation récente (de première génération) de 1,5% des animaux. Et d’hybridation plus ancienne de 6% des animaux (le laboratoire ne pouvant remonter au-delà de la deuxième génération). Par conséquent, 92,5% des 130 individus analysés sont des loups non hybridés.

Pas de dérogation pour tirer les hybrides

Et après? En novembre 2014, la Convention de Berne édictait bien une recommandation incitant les Etats concernés à surveiller la présence éventuelle d’hybrides entre ces deux sous-espèces. Mais aucune procédure dérogatoire n’est prévue pour les supprimer, contrairement aux déclarations de José Bové. Quant à la familiarité dont font preuve certains spécimens, il serait absurde d’en chercher l’explication dans une hybridation de l’espèce. «De tous temps le loup a été à la fois apeuré et intrigué par l’homme, qui n’est pas son ennemi et ne fait pas partie de son gibier, rappelle Jean-François Darmstaedter, le président de l’association Ferus. Dans les Abruzzes, en Italie, les loups traversent les villages!»

Armés, cagoulés et prétendant parler au nom des Ariégeois, des élus et des promeneurs, une bande d’anti-ours s’est filmée de nuit pour menacer "ceux qui œuvrent à pérenniser les populations ursines dans les Pyrénées". Une «dérive pathétique dans la violence et l’illégalité», selon la préfète du département, qui avait déjà condamné l’agression de 4 agents de l’Oncfs le 25 août dernier, accueillis par une cinquantaine de coups de feu et une trentaine de personnes tenant des propos menaçants. Ils étaient venus expertiser les dommages commis par l’ours.

 

Le nouveau plan Loup conspué

Alors que la question de l’hybridation avait agité les esprits tout l’été, la divulgation de ces résultats a été quelque peu occultée par l’annonce du nouveau plan Loup pour la période 2018-2023. La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), les Jeunes agriculteurs, l’Assemblée permanente des chambres d'agriculture (Apca) et la Fédération nationale ovine (FNO) ont claqué la porte de la réunion qui se tenait le 12 septembre dernier à Lyon, estimant dans un communiqué commun que «l’Etat souhaite que le métier d’éleveur cesse d’exister dans nos montagnes et nos territoires ruraux».

Conditionner l’indemnisation aux protections

Objet de cette grosse colère: les propositions du ministère du développement durable citées par les agriculteurs. A savoir conditionner l’indemnisation des dommages dus au loup à la mise en œuvre des mesures de protection, prioriser les tirs d’effarouchement et de défense simple, restreindre la délivrance des tirs de défense renforcée et interdire les tirs de prélèvement avant la fin de l’été avec la volonté affichée de fortement les réduire, voire les supprimer. «Alors que le nombre d’animaux domestiques tués par les loups est désormais annuellement supérieur à 10.000 et le coût budgétaire supérieur à 26 millions d’euros, comment un Etat responsable peut-il encore encourager l’augmentation du nombre de loups?», s’indignent les organisations professionnelles. Au 31 août 2017, 14 loups ont été tués sur es 40 fixé par l'arrêté ministériel du 18 juillet 2017, selon la livraison de la dernière lettre de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Auvergne Rhône-Alpes. Une manifestation d’éleveurs est prévue ce dimanche 24 septembre à Forcalquier, ville de Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement et ancien président… du groupe national Loup.

 

 



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