Loup: une espèce à l'épreuve des tirs

Le 27 mars 2017 par Marine Jobert
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Les loups, sur une crête?
Les loups, sur une crête?
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Après des années d’augmentation, la population de loups présents sur le territoire français ne croît plus. Elle risque même de diminuer, si les tirs de destruction autorisés par l’Etat devaient être poursuivis et intensifiés.

La population lupine française est-elle à un tournant de son expansion démographique? C’est, à mots prudents, le constat dressé par les 14 scientifiques mandatés par le ministère de l’environnement, dans une expertise collective rendue publique le 24 mars dernier. A un Etat qui tente de «garantir une cohabitation socialement et économiquement acceptable entre le loup et les activités humaines», les universitaires, les spécialistes du Muséum d’histoire naturelle et de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) répondent qu’il va falloir de la patience et poursuivre les observations avant de pouvoir établir avec certitude que les quelque 300 loups présents en France sont dans une dynamique démographique positive, en dépit du nombre croissant de tirs autorisés sur cette espèce protégée.

Stabilisation de la population

Seule certitude: après des années de forte augmentation, une «stabilité» de la population semble se faire jour. «Mais on est très prudent, tempère Yvon Le Maho, qui a présidé l’expertise. L’écophysiologiste à l'université de Strasbourg souligne que le nombre de meutes augmente, lui. Normalement, ces augmentations du nombre de meutes sont corrélées avec une augmentation de la population. Si l’on observe une stabilisation pendant deux ans, on verra alors qu’on est ‘limite’.»

Tirer plutôt que tuer

Peut-on lier cette «stabilisation» à l’augmentation régulière du nombre de tirs de prélèvement accordés par l’Etat [40 loups autorisés au tir d’ici juin 2017, ndrl]? «Nous n’avons pas de preuve de relation de cause à effet avec les tirs. Il faudra être attentifs aux prochains chiffres», martèle le chercheur strasbourgeois. Eclatement des meutes, instabilité sociale, amélioration de la survie des membres restants… Les tirs létaux sont-ils si efficaces pour réduire les prédations, en augmentation de 7% en 2016 par rapport à 2015, avec plus de 9.000 bêtes attaquées? Les chercheurs citent des travaux scientifiques suédois, qui établissent que «les méthodes non létales pour réduire les dégâts sur les troupeaux seraient plus efficaces et plus justifiables que les tirs de prédateurs». «Les tirs ont plus d’effets que le nombre d’animaux qui sont effectivement tués», confirme Yvon Le Maho.

Seuil de viabilité atteint

Les modèles mathématiques appliqués largement dans ce travail d’une petite centaine de pages ont permis d’établir que la croissance d’une population de loups devient nulle à partir d’un seuil de mortalité totale de 34% en moyenne (toutes causes confondues) et négative (décroissance) au-delà. Soit exactement le pourcentage obtenu à partir des chiffres de la période 2014-2016. Les experts restent optimistes: «Telle qu’elle fonctionne actuellement, la population de loups en France peut être considérée comme n’étant pas exposée à un risque d’extinction démographique immédiat.» Et de prévenir néanmoins: «Les prélèvements légaux ne devraient pas, s’ils sont purement additionnels aux autres causes de mortalité, dépasser 10% de l’effectif estimé pour que la population présente un bilan numérique au moins stable.» Avec les 40 loups détruits entre juin 2016 et juin 2017, le compte du loup n’est-il pas bon?

 



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