Loup: l’UICN France propose une médiation

Le 07 juin 2016 par Marine Jobert
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Goiat, le mâle réintroduit en juin 2016 dans les Pyrénées espagnoles.
Goiat, le mâle réintroduit en juin 2016 dans les Pyrénées espagnoles.
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Dans un dossier où plus personne ne se parle et où les données scientifiques sont occultées, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) propose sa médiation. Une démarche inédite.

Réintroduire de la science, du dialogue et de la concertation dans le dossier volcanique du loup en France. C’est la tâche à laquelle propose de s’atteler l’UICN France, dans une adresse inédite aux différents acteurs du dossier. «La concertation entre acteurs concernés, difficile, ne permet pas actuellement de dégager des solutions durables, constate la branche française de la plus grande ONG mondiale de protection de la nature. Face au besoin d'une stratégie globale, comprise et acceptée, l'UICN France a estimé qu'elle pouvait apporter à ce débat complexe sa capacité d'expertise et jouer son rôle de plate-forme de débat et de concertation avec son réseau, sachant qu'elle n’est ni instance de décision ni partie aux conflits relatifs à la présence du loup.»

Dialoguer

«Comment remettre en place un dispositif de gouvernance satisfaisant, permettant d'une part d'organiser l'expertise nécessaire, et d'autre part de recueillir les avis des parties prenantes, pour préparer les décisions à prendre?», demande l’IUCN France. Voilà plus de deux ans que les associations de protection de la nature ont déserté les réunions du groupe national Loup qui, jusqu’en 2014, réunissait des représentants des ministères de l’écologie et de l’agriculture, des élus, des représentants de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et d’organisations agricoles, des éleveurs et trois ONG (FNE, WWF et Férus). «[Les autres participants] faisaient la sourde oreille aux remarques des associations: en 2014, par deux fois en seulement trois mois, des décisions avaient été prises sans nous les présenter et sans nous informer de rien, se souvient Jean-David Abel, le vice-président de FNE. C’était une conduite politicienne du dossier, avec Le Foll qui laissait faire Ségolène Royal, qui elle ne se servait pas des données fournies par ses services.» Le ton n’est pas plus amène du côté de Pierre Athanaze, le président d’Action nature Rewilding France. «Christophe Castaner [le président du groupe national Loup] a tué le peu de dialogue qui restait dans ce dossier. On n’attend pas des présidents de ce genre d’instance d’être d’une neutralité totale, mais là, ça a été du foutage de gueule du premier au dernier jour.» Ambiance.

Bienvenu à Goiat! Un ours mâle de 205 kg et âgé de 10 ans a été lâché le 6 juin au soir sur le versant sud des Pyrénées centrales par la Communauté autonome de Catalogne. Un peu de sang neuf, à l’occasion du 20e anniversaire de la réintroduction de l’espèce dans le massif pyrénéen.

Bases scientifiques

«Quand il n’y a plus rien, on peut toujours espérer qu’une initiative vienne éclairer le dossier», espère, sans espoir excessif, Pierre Athanaze. Les offres de service de l’UICN France sont cruelles pour l’Etat français. «Sur quelles bases scientifiques et techniques validées, non controversées, peut-on fonder des décisions de protection de l'espèce et de gestion des conflits?», s’interroge l’association, dans un contexte où l’ONCFS est à la fois l’organe qui évalue les populations de loup et en assure la destruction. Et ce d’autant plus à la lumière du dernier arrêté autorisant l’abattage de 36 loups pour 2016-2017, rédigé sans attendre l’avis du Conseil national de la protection de la nature (CNPN) et, surtout, les données relatives à l’évolution de l’espèce.

Cohabitation hors de nos frontières

L’UICN France propose qu’une «expertise collective scientifique et technique, clairement séparée de la concertation entre parties prenantes, fondée sur des procédures rigoureuses de validation des productions scientifiques» soit menée. Notamment sur les pratiques d'élevage et les dispositifs permettant d'atténuer la vulnérabilité des troupeaux, les analyses transversales nationales et internationales permettant d'éclairer les pratiques de gestion des conflits relatifs au loup dans les sociétés concernées. Un coup d’œil sur l’exemple italien pourra, à ce titre, être instructif: dans le cadre du projet européen ‘Life Wolfalps’ (pour la conservation du loup et la coexistence entre le prédateur et les activités économiques traditionnelles), «un escadron de 10 détectives (5 hommes aguerris et 5 chiens spécialement entraînés) a été constitué il y a environ deux ans dans le but de traquer les braconniers du loup», rappelle l’association Férus. En France, ce sont 10 emplois d’avenir qui ont été recrutés l’été 2015 pour assister les éleveurs et tirer sur les loups.

 



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