Loup: l’Etat accusé de rester au milieu du gué

Le 26 février 2015 par Romain Loury
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Un dispositif jugé léger par tous
Un dispositif jugé léger par tous
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Le nouveau dispositif de protection des troupeaux contre la prédation, en particulier par le loup, ne contente personne. Ni les syndicats d’éleveurs, qui dénoncent «un achat de la paix sociale» sans efficacité contre les attaques, ni les associations, qui déplorent un trop faible contrôle des mesures de protection.

Présenté jeudi 19 février lors d’une réunion du groupe technique sur la protection des troupeaux contre la prédation, ce nouveau dispositif présente plusieurs avancées, en particulier financières. Notamment une revalorisation de l’aide au gardiennage, qu’il soit réalisé par l’éleveur ou par un salarié embauché. Dans les parcs nationaux, il sera même pris en charge à 100%, contre 80% dans les autres zones où des attaques ont eu lieu lors des deux années précédentes («cercle 1»).

Autre nouveauté, la mise en place d’un accompagnement technique collectif pour installer des systèmes de protection, dont des parcs électrifiés et des chiens. L’accès aux aides prévues par le dispositif sera désormais conditionné à l’existence effective d’au moins deux mesures en cercle 1, au moins une en cercle 2 (risque de survenue d’une attaque dans l’année en cours).

Pourtant, le dispositif ne satisfait personne. Surtout pas la Confédération paysanne, qui a décidé de boycotter la réunion du 19 février. Contacté par le JDLE, Olivier Bel, en charge du dossier loup dans ce syndicat, y voit un «achat de la paix sociale» par des mesures financières qui ne permettront en rien de diminuer le nombre d’attaques.

«Piégés, un peu achetés»

Même écho à la Fédération nationale ovine (FNO), dont le vice-président Frank Dieny estime que les éleveurs «se sentent piégés, un peu achetés». Comme la Confédération paysanne, la FNO propose de revoir le statut actuel du loup, espèce protégée selon la convention de Berne. Quant aux dérogations actuelles, avec des prélèvements plafonnés à 36 loups pour juillet 2014-juin 2015, les deux syndicats déplorent qu’ils ne soient pas tous effectués: seuls 15 loups ont été «prélevés» pour l’instant [1].

Saisi par France nature environnement, le tribunal administratif de Toulon (Var) a suspendu, mercredi 20 février, l’exécution d’un arrêté préfectoral de décembre 2014 autorisant le tir de quatre loups. Parmi les motifs invoqués, un risque de porter atteinte à la présence du loup dans le département, ainsi d’une baisse du nombre d’attaques depuis le récent tir de trois loups, en novembre 2014 sur le plateau de Canjuers.
Un autre loup avait déjà été tué quelques semaines auparavant dans la même zone, dépassant ainsi le nombre de trois prévus par un précédent arrêté préfectoral. Particularité de ces tirs, ils ont été réalisés par des chasseurs dans le cadre d’une battue au sanglier. Ce qui est désormais permis par un arrêté ministériel depuis août 2014, dans le respect du plafond national, mais au grand dam des associations.

Des chiffres que tempère Marc Giraud, vice-président de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas): très hostile aux tirs de prélèvement que l’Aspas conteste systématiquement, il estime que le nombre prévu par le ministère «ne constitue qu’un plafond, mais [que] les éleveurs le prennent comme un quota à atteindre».

«Certes le loup est un bel animal, et nous ne sommes pas pour l’éradication, mais il devient un vrai problème. Il faut le débarrasser de cette image d’icône de la biodiversité, et lui réapprendre les limites», juge Olivier Bel. Exemple l’Espagne, qui autorise la chasse dans certains territoires, et dont les 2.000 loups seraient bien moins hardis qu’en France face aux troupeaux.

Contacté par le JDLE, Pierre Rigaux, vice-président de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM), préfère évoquer l’Italie et ses 1.500 loups, qui tuent «jusqu’à 15 fois moins de brebis» que les 350 loups français, bien que la chasse y soit strictement interdite. En cause, une meilleure protection des troupeaux, avec une filière plus efficace de dressage des chiens, et plus de bergers –mais très mal payés.

Une protection «par-dessus la jambe»

S’il reconnaît quelques atouts au nouveau dispositif (support technique, aide financière conditionnée à la protection effective des troupeaux), Pierre Rigaux regrette que l’Etat n’aille pas plus loin. Selon lui, l’indemnisation d’une attaque de loup devrait elle-même être conditionnée à l’efficacité des mesures de protection. Car si celles-ci sont souvent présentes, «elles se font parfois par-dessus la jambe», s’avérant au final peu dissuasives.

Selon lui, la situation est particulièrement problématique dans les parcs nationaux, devenus «de véritables parcs à moutons». Et ce au détriment de l’environnement, avec des pelouses d’altitude «raclées» par des troupeaux de plusieurs milliers de têtes.

La faute en incombe selon lui à la crise de la filière, qui peine à vendre sa viande, de moins en moins consommée mais très concurrencée par l’étranger. Résultat: le secteur survit grâce aux subventions publiques, dont le montant dépend de la taille du troupeau.

«A un moment, cela devient trop: on va financer à 100% des bergers qui ne devraient pas être dans ces parcs [dédiés à la protection de la nature], on indemnise leurs brebis tuées, mais sans réellement s’assurer que les mesures ont été mises en place ou qu’elles sont réellement efficaces», dénonce Pierre Rigaux.

Bonne volonté mais excès (et vice versa)

Tous les éleveurs ne sont pourtant pas dans le même panier: «beaucoup font des efforts, mais beaucoup aussi font n’importe quoi», juge Pierre Rigaux. Du côté de la Confédération paysanne, Olivier Bel a le même jugement, mais en miroir: certes «il y a des excès, certains font tourner la boutique grâce aux financements liés au loup».

Mais la situation devient «vraiment intenable» pour nombre d’entre eux, parfois forcés d’arrêter l’élevage après une attaque. Outre les délais parfois longs d’indemnisation, celle-ci ne tient compte «ni de la charge de travail, ni de la charge émotionnelle». Suite à son boycott de la réunion, la Confédération paysanne devrait prochainement rencontrer le cabinet de Ségolène Royal.

[1] Spécialisé dans les grands prédateurs, le blog «la buvette des alpages» recense pour l’instant 15 loups (9 tirs de prélèvement, 5 de défense, 1 tir illégal/braconnage), plus deux collisions routières. Des analyses toxicologiques sont en cours à ce sujet, après des cas de  collisions sur des animaux au préalable drogué, les animaux accidentés n’étant pas comptabilisés comme prélevés.



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