Loup: en Aveyron, des moyens de protection qui coûtent trop cher

Le 06 novembre 2017 par Marine Jobert
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Un site classé au patrimoine de l'Unesco.
Un site classé au patrimoine de l'Unesco.
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Appliquer, selon plusieurs scénarii adaptés aux contraintes paysagères et d’élevage qui prévalent dans le sud Aveyron, 2 moyens de protection préconisés contre le prédateur, est-ce viable au plan économique? Non, répond une étude de l’Inra et du Cerpam. 

«L’adoption des moyens de protection des troupeaux sur le territoire des Grands Causses permettrait-elle aux systèmes d’élevage ovins de rester viables face à l’arrivée des loups?» A la lecture du rapport que vient de signer la chercheuse Marie-Odile Nozières-Petit (département Sciences pour l’action et le développement de l’Inra et Montpellier SupAgro), en coopération avec le CERPAM (Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée, Manosque), la réponse est sans conteste non. Ou alors au prix d’une casse économique, sociale et paysagère à laquelle aucun dirigeant ne se résoudra jamais, même au nom de la protection de la biodiversité. Cette expertise sur le cas aveyronnais, qui se veut un archétype des conséquences économiques de la mise en œuvre des moyens de protection contre le loup, intervient alors que les éleveurs du plateau du Larzac sont particulièrement remontés contre la présence du loup, dont une poignée d’individus multiplie les attaques depuis plusieurs mois.

Dans les grands Causses, la présence d’animaux au pâturage varie de 8 mois à 12 mois de l’année, avec la présence simultanée, en moyenne, de 3 à 4 lots d’animaux différents au pâturage dans des parcs clôturés. Dans ces parcs, les animaux, au comportement non grégaire, se dispersent naturellement en petits groupes pour explorer l’ensemble de l’espace mis à disposition afin de s’alimenter.

4 scénarii étudiés

Commandée par le préfet de l’Aveyron, cette expertise a retenu 4 scénarios de protection. Dans le premier, tous les animaux au pâturage (parfois éclatés en plusieurs lieux) sont protégés par des clôtures sécurisées et des chiens de protection et rien n’est modifié dans les pratiques actuelles. Dans le deuxième, l’éleveur modifie ses pratiques pour limiter les coûts de protection (hivernage en bâtiment, 2 groupes maximum d’animaux au pâturage, abandon des surfaces «tampon»). Le troisième prévoit que seuls les animaux en production sont au pâturage à proximité immédiate de la bergerie, pour rester dans le cadre du cahier des charges de l’AOP Roquefort, et que le coût de protection soit réduit au minimum. Le dernier scénario envisage de garder tout le troupeau en intérieur, ce qui rend impossible la vente bien rétribuée du lait aux producteurs de Roquefort.

157.000 brebis

Parmi les 315 élevages ovins de plus de 100 têtes des 180.600 hectares du périmètre -soit 157.000 brebis, dont 136.000 brebis laitières-, les chercheurs ont retenu 5 élevages ovins lait, 2 élevages ovins allaitant et 1 élevage mixte, des très ouverts que sont les ‘open field’ et ‘cultures et pelouses’, au très fermés et accidentés ‘bois-clairières et falaises’, en passant par trois milieux intermédiaires. Un paysage complexe, qui fait qu’aucune zone ne peut être considérée comme «peu exposée» au risque de prédation par les loups, pour partie aussi en raison de l’abondance des haies et massifs de buis qui forment des labyrinthes et petites lisières où le prédateur peut se dissimuler.

Cher fourrage

Raisonnant à partir des modalités de mise en œuvre des moyens de protection définies dans l’actuel plan d’action national loup 2013-2017, les auteurs ont estimé la viabilité économique des exploitations selon les 4 scénarios retenus. Sans surprise, la mise en œuvre de la protection engendre une augmentation des charges économiques et du travail. Dans une hypothèse maximaliste, ce sont près de 3.400 kilomètres de clôtures fixes sécurisées, 2.850 chiens et 74 salariés qu’il faudrait acheter, poser, élever et recruter pour protéger tous les lots au pâturage, ont calculé les auteurs. Pour une facture qui oscillerait entre 35 millions d’euros et 23,3 (scénarii 1 et 2), à répartir entre les 315 exploitations du secteur. Soit un coût moyen qui oscille entre 20 et 24.000 euros par élevage, dont une partie serait prise en charge par le plan loup (environ 60%). Mais «entre 25 et 40% des élevages laitiers demeureraient sous le seuil de viabilité économique», estiment les auteurs.

Seuils de viabilité

 Ce sont les élevages qui, dans leur situation initiale, faisaient pâturer leur troupeau de façon importante qui sont les plus affectés, puisqu’ils doivent assumer des frais supplémentaires pour compenser la baisse, voire l’arrêt du pâturage (achat de fourrages, carburant lié à la fauche supplémentaire). Sans compter que si le lait n’est pas valorisé dans le cadre de l’AOP Roquefort (scénario 4), l’éleveur est doublement pénalisé. En conséquence, et après calcul des aides alloués dans le cadre du plan loup 2013-2017, les auteurs estiment que 44% (Scénario 3) à 85% (Scénario 4) des élevages du périmètre d’étude seraient en dessous du seuil de viabilité (fixé à 12.000 euros par actif non-salarié).

Maintenir un –ou plusieurs- bergers sur place, épaulé par des chiens? L’hypothèse a été testée. Et vite abandonnée. Considérée comme «d’une efficacité très limitée dans des milieux à faible intervisibilité (…) l’évaluation des conséquences économiques d’une telle stratégie a conduit à la juger non réaliste pour la suite du travail.»

 

Territoire moins atttactif

Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, majestueux lieu de promenade, le site des Causses aurait beaucoup à perdre si les ovins désertaient les pâturages. Dans le 1er scenario, les clôtures partout «affecterait la circulation de la faune sauvage et le multi-usage de ces espaces (chasse, activités de pleine nature).» La multiplication des chiens de protection, hors de la surveillance d’un berger, serait problématique pour les promeneurs, le voisinage, les chasseurs, ainsi que l’impact sur la faune sauvage. Des inconvénients qui vont diminuant dans les scenarii 2 à 4, qui privilégient moins le pâturage. «Mais l’abandon des parcours renforcerait alors la dynamique en cours de fermeture des milieux, engendrant une banalisation des paysages ainsi qu’une perte de leur valeur patrimoniale dont une perte de la biodiversité inféodée aux milieux ouverts». Les auteurs prédisent que l’attractivité du territoire, pour le tourisme et le loisir, et les revenus engendrés, «s’en trouveraient également affectée.»

Coûteux moyens de protection

Alors que s’élabore dans la tension un nouveau plan national loup, ce rapport centré sur le sud Aveyron peut-il être considéré comme un modèle pour la coexistence entre loups et élevage? Les auteurs le pensent, et préviennent: «la mise en œuvre des moyens de protection a des conséquences importantes sur des situations où la densité d’élevage ovin est forte et où les conduites d’élevage impliquent des durées longues de pâturage et nécessitent de nombreux lots simultanés en parcs au pâturage pour répondre à des enjeux zootechniques.»

 



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