Loup: après les brebis, EELV

Le 06 avril 2016 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Les loups forment des meutes unies
Les loups forment des meutes unies
DR

Le loup a encore affolé le troupeau: pas de brebis cette fois-ci, mais Europe Ecologie Les Verts (EELV). Ou plutôt EELV Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), qui s’avère très divisée à ce sujet: fin mars, une motion dénonçant son statut d’«espèce strictement protégée» a fait flamber le débat en son sein. Et remis en concurrence deux approches de l’écologie.

Signée par 12 membres du parti, dont des élus locaux et des proches de la Confédération paysanne, la motion tranche avec le discours qui domine le milieu écologiste: l’échec de la politique de cohabitation entre loups et éleveurs, avec un nombre croissant d’attaques, serait lié au classement d’espèce strictement protégée.

«Ce n'est (…) pas aux éleveurs de s'adapter à la prédation, mais au loup de s'adapter à la présence du pastoralisme. La condition de conservation dans nos territoires d'une population de loups passe donc par le fait de rendre la prédation sur troupeaux, la plus meurtrière possible pour la meute par tous moyens létaux, et cela en situation d'approche», jugent les signataires.

Un espoir pour les bouquetins du Bargy? Lors de l’assemblée générale de France nature environnement (FNE), le 2 avril, la secrétaire d’Etat chargée de la biodiversité, Barbara Pompili, a admis que «tuer des centaines de bouquetins [n’avait] pas réglé le problème». «On réfléchit à d’autres solutions plus ciblées. On regarde de très près car on ne veut pas renouveler l’expérience de l’année dernière», a-t-elle ajouté, citée par la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Au grand dam des associations, une campagne d’abattage avait été lancée par le préfet en octobre 2015, dans le but de lutter contre la brucellose.

Sans surprise, le texte, qui a fait vivement réagir plusieurs associations, a été rejeté lors du conseil politique régional (CPR) d’EELV Paca, le 20 mars. Et ce à une forte majorité: seulement 6 voix sur 50 l’ont approuvé, indique Guy Benarroche, secrétaire régional du parti contacté par le JDLE.

Texte rejeté, débat relancé

«Cette position n’est pas celle d’EELV Paca, elle est même ultraminoritaire», explique Guy Benarroche. «Ultraminoritaire», mais pas inexistante: peu orthodoxe au sein d’EELV, elle est portée par José Bové, et par la Confédération paysanne dont il a longtemps été le porte-parole.

Ces 50 personnes présentes n’étaient pas tous des votants, tempère Denis Carel, premier (voire principal) signataire du texte, qui estime plutôt le scrutin à 6 voix sur 20. Eleveur de brebis, conseiller municipal EELV de La Roquebrussanne (Var), Denis Carel se montre excédé de «ces espèces de discours confits de certitude [sur le loup], sans beaucoup d’arguments», qui prévalent au sein du milieu écologiste: «nous voulons une écologie réelle, pas récréative pour les classes moyennes, avec l’idée d’un retour factice au sauvage».

Alors que les attaques de loups sont à la hausse, celles de l’ours, au nombre de 29 individus dans les Pyrénées, sont à la baisse, confirment des données 2015 publiées par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) de Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Seulement 93 dossiers ont été imputés à l’ours cette année, contre 129 en 2014, et 145 dommages d’animaux, contre 178 l’année précédente. En septembre 2015, l’association Pays de l’Ours/Adet confiait au JDLE y voir l’effet d’une meilleure protection des troupeaux, mais aussi d’un climat plus favorable, avec abondance de baies.

Faut-il y voir, de la part des dirigeants d’EELV, la crainte d’une plus grande désagrégation du parti? Suite à cette motion, EELV Paca a décidé d’ouvrir le débat en son sein, et a mis en place un groupe de travail afin de proposer une position consensus sur le sujet: «on ne pourra pas résoudre ce problème, qui est réel, sans tenir compte de la réalité des éleveurs. Mais tuer des loups, ou l’éradiquer, ne réglera rien à leurs problèmes», juge Guy Benarroche.

Deux visions de l’écologie?

Pour Denis Carel, qui ne s’associe pas à la démarche, il n’y a «pas de consensus possible». «Une position commune, cela revient à demander aux éleveurs de s’adapter à la prédation: ou bien on protège le pastoralisme, ou bien on protège le loup», juge l’éleveur. «En France, on condamne le pastoralisme par une politique de ‘déménagement’ du territoire», ajoute-t-il, se revendiquant d’une écologie basée sur «les circuits courts et les milieux ruraux vivants» plutôt que sur «la protection animale».

Le débat a déjà eu des échos à Paris. Rédigée par la commission «condition animale» du parti, une motion sur la question du loup devait être présentée samedi 9 avril au conseil fédéral d’EELV, mais a finalement été retirée, en attente de la position de la délégation Paca, que Guy Benarroche espère voir adoptée lors du CPR du 18 juin. Contacté mercredi, le siège parisien d’EELV n’a pas donné suite aux sollicitations du JDLE.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus