Louées soient les éoliennes

Le 08 novembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Des éoliennes bien acceptées localement.
Des éoliennes bien acceptées localement.
VLDT

Le premier parc éolien de la Sarthe souffle ses 4 bougies. Fruit d’un partenariat original entre collectivités, habitants, un industriel et une coopérative agricole, cette ferme est un bel exemple de cette nouvelle gamme de projet de territoire à énergie positive que le gouvernement et les promoteurs des énergies renouvelables tentent de promouvoir. Reportage.

Ils sont trois maires ruraux heureux. Jean-Edouard Lemasson, Marcel Levesque et Benoist Bouix sont les édiles de Juillé, Vivoin et Piacé, trois bourgs sarthois dont la population totale atteint avec peine les 1.800 âmes. Comme nombre de leurs confrères dirigeant des communes au gisement de vent prometteur, ils voient défiler bureaux d’études et porteurs de projets éoliens. L’idée fait finalement mouche, en 2006. Les trois maires autorisent le projet d’installer plusieurs turbines sur le plateau où se rejoignent les frontières des trois communes.

6 ans d’instruction, 6 mois de travaux

Ainsi débute une longue aventure: «Au total, il a fallu 6 ans d’instruction du dossier pour 6 mois de travaux», résume Jean-Edouard Lemasson. Avec le recul, l’ancien vétérinaire se dit finalement chanceux: «Nous n’avons jamais eu la moindre opposition, ni le moindre recours». Durant toutes ces années, les élus ont, il est vrai, mouillé la chemise: voyages d’études avec les conseillers municipaux, réunions publiques, journées portes ouvertes (pendant les travaux et la mise en service des machines). Surtout, la providence s’est penchée sur le berceau du futur parc éolien.

Photovoltaïque et éolien

Le projet a très vite intéressé les Fermiers de Loué. Dans la Sarthe et en Mayenne, la coopérative, connue pour ses œufs et ses volailles, est un poids lourds: 1.000 agriculteurs y sont affiliés, 3.500 personnes y travaillent et elle génère 17% du revenu agricole local. «Nous voulions produire autant d’électricité d’origine renouvelable que nous en consommons», rappelle Yves de la Fouchardière, directeur des Fermiers de Loué. Les 40.000 mètres carrés de panneaux photovoltaïques couvrant les toitures des bâtiments agricoles n’y suffisant pas, Loué prévoit d’investir dans des moyens de production plus lourds: les éoliennes feront l’affaire.

Pas de turbine dans la Sarthe

Les maires, Aérowatt (le porteur du projet, qui laissera la place à Quadran) et Loué n’ont qu’une crainte: que le projet soit retoqué par les habitants. Après tout, le président du conseil départemental répète à l’envi que, lui en place, aucune éolienne ne sera érigée sur le sol de la Sarthe. Un drôle de montage financier est alors imaginé: le financement participatif.

«Ce n’était pas simple à l’époque, la loi ne le permettait pas vraiment», se souvient un cadre du Crédit agricole de la Sarthe. Devant l’impossibilité de lancer un appel à l’épargne publique, la banque verte ouvre un dépôt à terme et lance une souscription réservée aux habitants des communes avec vue sur les aérogénérateurs. «Près de 300 personnes, pas toutes clientes du Crédit agricole, ont déposé 4.000 euros en moyenne, en quelques semaines», raconte le banquier. Loué s’attendait à lever quelques centaines de milliers d’euros: 1,2 million seront finalement collectés. La banque avait bien fait les choses: campagne de porte-à-porte, publicités, goodies et surtout un taux de rémunération de 3,95% à 5 ans. Bien mieux que le livret A.

Inauguration ministérielle

Les fermiers de Loué mettent 12 M€ sur la table. Ils prendront 66% du capital d’EoLoué, la société exploitante du futur parc éolien. Le reste sera partagé entre Quadran et les habitants. Le capital enfin réuni, les premiers bétons sont coulés au printemps 2013. Composé de 6 machines de 1,8 mégawatts unitaire, le parc est finalement inauguré en décembre par le ministre local, un certain Stéphane Le Foll.

Coup de pouce financier

Quatre ans plus tard, les sourires ne se sont pas estompés. Les turbines Vestas produisent, bon an mal an, 24 gigawattheures par an: «Les études estimaient le productible entre 21 et 25 GWh», rappelle Laurent Albuisson, directeur régional de Quadran. Malgré le remembrement de la communauté de communes et les évolutions de la fiscalité locale, les communes de Juillé, Vivoin et Piacé touchent plusieurs dizaines de milliers d’euros de taxes par an. «Cela nous a permis de remettre à niveau la voirie», se réjouit Marcel Levesque, maire de Vivoin. Jean-Edouard Lemasson prévoit de restaurer les vestiges de sa tour gallo-romaine.

Les Fermiers de Loué ne sont pas en reste: «Nous produisons désormais autant d’électricité verte que nous en consommons», comptabilise Yves de la Fouchardière. Une expérience qui pourrait en appeler d’autres. Le producteur de volailles réfléchit à un second parc éolien dans les deux à trois prochaines années.

Elus et agriculteurs

De quoi réjouir aussi les promoteurs de l’éolien. «L’essentiel des améliorations législatives et réglementaires que nous attendions ont été faites. Les difficultés avec les radars militaires et météorologiques mises à part, notre principal défi reste celui de l’acceptation de l’éolien», explique Paul Duclos, responsable de la filière éolienne du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Raison pour laquelle le SER se rapproche des associations d’élus locaux et surtout des syndicats agricoles. Des graines qui mettront sans doute un certain temps à germer.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus