Lord Stern tacle David Cameron sur les gaz de schiste «made in UK»

Le 04 septembre 2013 par Marine Jobert
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Nicholas Stern, à rebours de la doxa pro-gaz de schiste.
Nicholas Stern, à rebours de la doxa pro-gaz de schiste.

A quelques semaines des premières conclusions du Giec sur la dégradation du climat mondial, l’économiste britannique tance ouvertement son Premier ministre, qui a choisi de lancer le pays dans les gaz de schiste. Economiquement infondée, écologiquement hasardeuse, climatiquement dangereuse; la décision de David Cameron ne trouve pas grâce à ses yeux.

Il est l’homme qui, en 2006, a chiffré le coût de l’inaction climatique -5% à 20% du PIB mondial- et l’effort à consentir pour stabiliser les émissions de gaz à effet de serre -1% du PIB mondial. De sa chaire de professeur à la London School of Economics, le discret Nicholas Stern vient de tancer sévèrement le Premier ministre britannique sur le dossier des gaz de schiste. L’ex-hérault du «gouvernement le plus vert de l’histoire [du Royaume]» a récemment affirmé que «si nous ne soutenons pas cette technologie [de la fracturation hydraulique], nous perdrons une formidable occasion d'aider des familles à payer leurs factures et de rendre notre pays plus compétitif. L'exploitation du gaz de schiste par fracturation pourrait réduire la facture et la dépendance énergétique du pays, créer des emplois et dégager des ressources financières nouvelles pour des villes et des communautés». Des assertions que l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale vient de qualifier de «sans fondement», dans un entretien accordé à The Independent.

 

Sans fondement économique

«Je considère que c’est un peu étrange de dire que cela va faire baisser le prix du gaz. Cela ne relève pas d’un raisonnement économique. C’est sans fondement au plan économique.» Et d’expliquer qu’un boom du gaz de schiste britannique n’aurait probablement aucun effet sur les prix mondiaux du gaz, étant donné que le marché se détermine par rapport au plus offrant. Un raisonnement qui fait écho avec celui de l’économiste français Thomas Porcher, interrogé en juillet dernier par Le Journal de l’environnement, il expliquait: «Imaginons que, dans votre tuyau de gaz, il y ait du gaz de schiste «made in France» et du gaz importé au prix européen: le tarif du gaz sur votre facture serait alors aligné sur le prix le plus élevé, qu’on appelle le coût marginal. Du coup, on risque de cumuler tous les désavantages: produire sans effets sur les prix, en ayant des effets négatifs pour les populations. Le seul gagnant dans l’histoire, c’est le producteur, qui produit du gaz moins cher qu’il revend au tarif importé. Ce qui expliquerait que beaucoup semblent pressés de le produire.»

 

Dialogue insuffisant

Lord Stern épingle également le manque d’analyse des conséquences de la fracturation hydraulique. «Il demeure des questions importantes autour de cette technique et ces questions doivent être explorées. Nous n’avons pas eu la discussion adéquate sur ces problèmes graves.» La question centrale de l’eau –l’éventuelle pollution des nappes phréatiques comme la capacité de certaines régions britanniques à supporter des prélèvements supplémentaires pour réaliser le «fracking»- inquiète l’économiste. Sans compter la consommation d’espace, qui résulte des plates-formes de forage, des canalisations et des routes à construire. Les manifestations près du site de Balcombe –où Cuadrilla est en train de procéder à des forages exploratoires- lui semblent constituer l’expression d’une «démocratie qui fonctionne».

 

Energies renouvelables recalées

L’inquiétude autour du changement climatique domine, chez Nicholas Stern qui, à quelques semaines de la publication officielle du premier volume du 5e rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec) se dit convaincu que les scientifiques ont dans leur manche des découvertes encore plus alarmantes que celles dont ils vont prochainement rendre compte, mais qu’il est difficile de «modéliser». «Les problèmes relatifs à la fonte du permafrost dans l’Antarctique sont particulièrement inquiétants», explique-t-il. Enfin, sans nier les avantages du gaz naturel comme substitut au charbon en matière d’émissions de gaz à effet de serre, Lord Stern s’inquiète qu’il puisse être utilisé aux dépens des investissements dans les technologies renouvelables.

 

 



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