Londres présente sa politique énergétique du futur

Le 24 juin 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Face à l'Irlande, la centrale de Windscale fut le théâtre du pire accident nucléaire du royaume-Uni.
Face à l'Irlande, la centrale de Windscale fut le théâtre du pire accident nucléaire du royaume-Uni.

Nucléaire, éolien, thermique avec séquestration du CO2: tel est le triptyque de la nouvelle politique énergétique britannique. A condition toutefois qu’elle soit financée.

Le gouvernement britannique touche enfin au but. Après une dizaine d’années d’études, de débats, de renoncements, le ministère en charge de l’énergie et du climat (DECC, selon l’acronyme anglais) a déposé, jeudi 23 juin, son projet de politique énergétique.
 
Un projet ambitieux sur bien des points, tant il doit tenter de concilier l’inconciliable. Le Royaume-Uni est l’un des rares pays, avec la France, à avoir gravé dans le marbre législatif sa volonté de réduire des trois quarts ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.
 
Il lui faut donc «décarboner» son économie, en général, et sa production d’électricité en particulier. Et le plus vite possible. Au plus vite car, comme le rappelle le rapport du DECC, «la poursuite des émissions globales, y compris des gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone, au niveau actuel pourrait élever les températures moyennes de 6°C d’ici la fin du siècle».
 
Or, compte tenu de la durée de vie des centrales électriques (un siècle pour les barrages, un demi-siècle pour les centrales thermiques ou nucléaires), le bilan carbone de 2050 se dimensionne aujourd’hui.
 
Autre urgence que devront prendre en compte les députés et les lords, qui débattront du projet gouvernemental: l’obsolescence d’une grande partie du parc de production d’électricité du royaume.
 
«Un quart des capacités de production doit fermer d’ici 2018», souligne le document du DECC. Soit l’équivalent de 22.000 mégawatts (MW) de capacités installées.
 
Il faut donc rapidement mettre en chantier des centrales émettant pas ou peu de gaz carbonique. Des centrales qui devront, en plus, être fiables, efficaces, et pas trop chères. Il faudra aussi anticiper sur la hausse annoncée des consommations d’électrons, imputable à l’accroissement des usages de l’électricité (voiture électrique, par exemple).
 
Au total, Londres estime donc nécessaire de mettre en œuvre 59.000 MW de capacités nouvelles d’ici 2025. Un engagement presque aussi important que le plan Messmer, annonciateur du programme électronucléaire français (50.000 MW en 6 ans).
 
Contrairement à la France gaullienne, la Grande-Bretagne n’entend pas mettre tous ses œufs électriques dans le même panier. Comme cela était prévisible, la future politique électrique britannique reposera sur le nucléaire et les renouvelables, l’éolien notamment.
 
Chris Huhne, le secrétaire à l’énergie et au changement climatique, estime qu’il faudra mettre en service environ 33.000 MW éoliens, au cours de la décennie. Plus difficile à avaler pour ce ministre libéral-démocrate et anti-nucléaire: Londres ne coupera pas à la relance de son programme nucléaire civil. Huit sites ont déjà été choisis: Bradwell, Hartlepool, Heysham, Hinkley Point, Oldbury, Sizewell, Wylfa et, pour le malheur des Irlandais, Sellafield. Mais le nombre de réacteurs n’est pas encore arrêté.
 
Selon le rapport du DECC, les électriciens européens (EDF, Centrica, Iberdrola, RWE, E.ON) pourraient construire de 10.000 à 14.000 MW de capacités nucléaires: «Tout dépendra de la technologie choisie», indique le DECC.
 
Tout dépendra aussi de la façon dont ces énergéticiens pourront financer leurs investissements. Londres ayant répété, depuis des années, que jamais le moindre penny d’argent public ne servirait à la construction de nouveaux réacteurs. A voir…
 
Car, il faudra faire vite. La divergence des premiers réacteurs est attendue pour 2018. Un délais extrêmement court, si l’on se souvient qu’aucune technologie de réacteur de troisième génération n’a, pour le moment, été validée par les autorités de sûreté britannique.
 
Albion n’oublie pas qu’elle est assise sur un tas de charbon et que ses fonds marins regorgeaient d’hydrocarbures. Pour compléter le parc nucléo-éolien —et lui donner une plus grande souplesse d’utilisation—, Londres va donc aussi favoriser la construction de centrales thermiques dotées de systèmes de captage-stockage de CO2 (CSC). Leur nombre n’est pas connu. Il dépendra, explique le DECC, des réacteurs qui seront finalement mis en service. Mais aussi de l’aide publique que Londres pourra mobiliser pour financer le surcoût que représente une installation de CSC.
 
Le déploiement de tant de nouvelles centrales aux 4 coins du Royaume nécessitera aussi d’accroître considérablement le réseau de transport d’électricité et les interconnexions avec les pays voisins (France, Irlande, Belgique).
 
Cet ambitieux programme a, bien sûr, un coût, que Chris Huhne estime à 100 milliards de livres (112 milliards d’euros). Il n’est pas certain que le business model soit aussi précis.


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