Londres découple consommation de ressources et PIB

Le 30 novembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Pour l'essaysite Chris Goodall, l'économie britannique réduit sa consommation de matières.
Pour l'essaysite Chris Goodall, l'économie britannique réduit sa consommation de matières.

Une étude montre que l’économie britannique découple consommation de ressources et production de richesses.

Et si la satisfaction de nos besoins, le progrès économique et social ne passaient pas forcément par l’accroissement sans limite de notre consommation? Utopie, délire décroissant? Est-ce si sûr?
 
Peu connu en France, Chris Goodall est une star environnementale au Royaume-Uni. Brillant entrepreneur (Oxford, Harvard), ce quinquagénaire est, à coups de best sellers, devenu l’apôtre d’une nouvelle économie, plus respectueuse de l’environnement.
 
A l’heure où des millions de ses concitoyens martèlent le pavé pour défendre leur retraite, le candidat malheureux du Green
Party aux élections de 2010 a voulu savoir si les cris d’orfraies poussés par ses coreligionnaires écolos produisaient quelque effet sur les sujets de sa Majesté.
 
Et à la surprise générale, la réponse serait plutôt positive. Pour réaliser son étude, Chris Goodall a collecté toute une série de statistiques officielles montrant, sur la dernière décennie, l’évolution du prélèvement de ressources naturelles et de la consommation de produits et de biens. Et la tendance est à la baisse.
 
Entre 2001 et 2009, le tonnage des matières premières extraites (ou exploitées) du sol britannique a ainsi baissé de 31%.
Bien sûr, objecterons les observateurs, durant la période, la production d’hydrocarbures a chuté de moitié. Mais tel n’est pas forcément le cas pour les granulats ou la production de céréales.
 
Tout aussi intéressante est la consommation directe de matériaux (combinant ceux produits localement et les importations). Là encore, la tendance est à la baisse sur la décennie: -19%. Et si l’on ajoute à ces biens et produits, les matériaux qui ont été une première fois transformés à l’étranger avant d’être intégrés dans une production britannique, là encore c’est la chute libre: -19%.
 
Fort bien, dirons les sceptiques, après tout, cela résulte de la désindustrialisation du pays de la révolution industrielle. Un argument que ne rejette pas, a priori, Chris Goodall. Ce qui l’a poussé à prendre en compte d’autres données n’ayant que peu de rapports avec le secteur secondaire.
 
A commencer par la consommation d’eau. L’an passé, les Britanniques ont ingurgité 14,6 milliards de litres d’eau par jour, soit 3,3% de moins qu’en 1999, et 7% de moins qu’en 2007 (année record). La fermeture des usines n’explique pas tout. Car, parallèlement, la population britannique a augmenté, et la taille des familles s’est accrue.
 
Même si cet indicateur reste discutable (nos repas ont tendance à être de moins en moins énergétiques), le gastronome britannique voit sa ration de calories diminuer. Au début du siècle, un Britannique absorbait, en moyenne, un peu plus de 2.400 kilocalories par jour, contre 2.300 l’an passé. Tenace, Chris Goodall a aussi regardé la consommation de viande. Un indicateur intéressant si l’on se souvient de l’importance de l’empreinte carbone de la production, bovine en particulier [JDLE]. Et bien, ça marche aussi! En 2003, les amateurs de rosbifs consommaient 1.061 grammes de viande par semaine, contre 1.030 grammes en 2007 (-3%). Au restaurant, la tendance est encore plus forte: -20% sur la période. Alors, c’est vrai, la viande rouge n’a plus bonne presse et nombre de peoples vantent les bienfaits de leur régime végétarien. La bidoche n’est plus hype.
 
Raison de plus pour s’intéresser à un bien indispensable dont, malgré l’apparition croissante des tablettes numériques, nous faisons toujours grande consommation: le papier. Là encore un produit digne d’intérêt puisque sa fabrication consomme l’équivalent de 5% de la production nationale d’électricité. Pas de doute, nos voisins commencent leur sevrage de papier: la demande a chuté de 22,5% entre 1998 et 2009. La faute au numérique, au recul des ventes de journaux, à la réduction des emballages et au développement du recyclage des papiers-cartons.
 
Si, en France, le gouvernement peine à réduire l’utilisation d’engrais [JDLE], Londres peut s’enorgueillir d’un franc succès en ce domaine. Depuis 1987, le tonnage d’azote épandu sur les champs anglais, gallois ou écossais a chuté de… 60%. Ce qui est aussi une bonne nouvelle énergétique, la production d’engrais azotés consommant 5% du gaz britannique. Pour les phosphate, c’est presque du même acabit: -43% entre 1985 et 2009. Or, dans le même temps, la surface cultivée est restée stable dans le Royaume.
 
Après une dizaine d’années de stabilité, la demande de ciment s’est effondrée: -30% entre 2007 et 2009. La faute à la crise, sans aucun doute. Cela étant, depuis le pic de consommation de 1987 (16 millions de tonnes), l’activité des cimentiers d’outre-Manche s’est réduit comme peau de chagrin: 8 Mt en 2009.
 
La diminution du nombre d’immatriculations de nouvelles voitures a, en revanche, débuté avant le début de la crise financière. En 2003, plus de 2,7 millions de véhicules ayant la conduite à droite ont été immatriculés, contre moins de 2 millions en 2010. La même tendance s’observe aussi pour les immatriculations de deux roues.
 
Après avoir augmenté sans discontinuer entre 1984 et 2001, la demande d’énergie poursuit, elle aussi, un reflux certain. Tous carburants et combustibles confondus, la consommation d’énergie primaire a baissé d’une dizaine de pourcents entre 2004 et 2010. La demande d’énergie finale a suivi: -9% entre 2004 et 2007. Hélas, la demande de chauffage durant l’hiver froid 2009-2010 a accru la consommation de près de 10%. Les gains des années précédentes ont été totalement annulés.
 
Moindre consommateur, le Britannique réduit aussi ses déplacements. Depuis 2002, le kilométrage des automobilistes a décru de 14%. Ce gain énergétique a malheureusement été compensé par l’explosion du trafic aérien low cost.
Bon indicateur puisque situé à l’aval de la plupart des activités humaines: la production de déchets décline, elle aussi, sur l’autre rive du Channel. Depuis 2003, le tonnage d’ordures ménagères a diminué de 7%. Celui des déchets du BTP de 10,6%. Soit presque deux fois moins que la production de déchets industriels et commerciaux: -29%.
 
Globalement, l’économie britannique prélève de moins en moins de ressources naturelles. Ce qui n’a pas empêché le PNB de progresser très légèrement entre 2004 et 2010.


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus