Listériose: moins de femmes enceintes, plus de personnes âgées

Le 08 octobre 2014 par Romain Loury
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Plus que 11% des cas de listériose en France
Plus que 11% des cas de listériose en France

La listériose chez les femmes enceintes est devenue 12 fois plus rare que dans les années 1980, du fait d’un meilleur contrôle des aliments et d’une prévention accrue au cours de la grossesse, révèle une étude française publiée dans la revue Eurosurveillance. Dans la population générale, cette maladie alimentaire connaît au contraire une hausse depuis 2001, du fait du vieillissement.

 

En France comme dans d’autres pays industrialisés, la raréfaction de la listériose remonte aux années 1980. En 1985, les Etats-Unis ont été frappés par une épidémie liée à des fromages mexicains, les incitant à exiger des contrôles sur tous les fromages importés [1]. La France s’y est pliée en 1986, avant d’étendre ses contrôles à tous les producteurs de fromages dès 1988, puis à la filière viande.

Frappée à son tour par une violente épidémie en 1992 (279 cas dont 92 femmes enceintes, 62 décès), notamment liée à des rillettes, la France a mis en place des recommandations pour les femmes enceintes. Depuis, celles-ci sont systématiquement mises en garde contre la consommation d’aliments à risque, tels que fromages au lait cru et charcuterie.

C’est donc l’ensemble de ces mesures, aussi bien le contrôle des aliments que la prévention lors de la grossesse, qui expliquerait la baisse observée par l’Institut national de veille sanitaire (InVS): entre 1984 et 2011, le nombre de cas de listériose chez les femmes enceintes ou leurs nouveau-nés, infectés in utero, a chuté d’un facteur 12, de 60 à 5 cas pour 100.000 naissances.

La baisse a été plus forte chez les femmes enceintes que dans la population générale: elles ne représentent plus que 11% des cas totaux de listériose en France, contre «40% à 50%» dans les années 1980, explique au JDLE Mathieu Tourdjman, épidémiologiste en charge de la surveillance de la listériose et de la toxoplasmose à l’InVS.

Plus de cas dans le Sud-ouest

Zone la plus touchée, le Sud-ouest de la France, à savoir l’Aquitaine, suivie par le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. Le phénomène s’expliquerait par une consommation plus élevée de produits à risque, dont la charcuterie (en particulier les rillettes) et le fromage des Pyrénées, et par une cuisson de la viande souvent insuffisante.

Fait intéressant, les chercheurs notent une corrélation entre la listériose et la toxoplasmose, autre maladie d’origine alimentaire. Bénigne et fréquente, cette maladie, qui peut aussi se contracter via un contact avec un chat, peut cependant engendrer des malformations chez le fœtus.

Or selon Mathieu Tourdjman, la toxoplasmose est plus présente dans le Sud-ouest du fait de conditions plus favorables, telles qu’un sol plus humide et une température plus clémente pour le parasite.

Du fait d’une infection passée, les femmes enceintes de ces régions ont donc plus de chances d’être déjà immunisées contre cette maladie. Les non-immunisées (environ 20% de la population française), celles qui ne présentent pas d’anticorps, doivent bénéficier d’un suivi plus régulier.

Elles reçoivent notamment des conseils pour ne pas attraper la toxoplasmose, les aliments à risque étant les mêmes que pour la listériose. Les femmes vivant dans le Sud-ouest, plus souvent immunisées contre la toxoplasmose, seraient donc moins épaulées en matière de prévention de la listériose.

Tendance à la hausse dans la population générale

Si les femmes enceintes sont plus épargnées que par le passé, on observe au contraire pour la population française, dans son ensemble, une reprise de la maladie, bien qu’à bas bruit: 369 cas ont été déclarés en 2013, contre 188 cas en 2001.

En 2010, la listériose aurait touché 23.150 personnes dans le monde, en tuant 5.463, selon une estimation, la première au niveau mondial, publiée mi-septembre dans la revue Lancet Infectious Diseases. La maladie y paraît plus fréquente dans les pays du Sud, particulièrement en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient et en Asie du Sud. Exception notable, l’Europe de l’Ouest est jusqu’à 8 fois plus touchée que l’Europe de l’Est. Et la France y fait figure de très mauvais élève: en 2010, son incidence était de 4,9 cas par million d’habitants (selon l’InVS), contre 3,4 cas par million d’habitants en Europe de l’Ouest (selon l’étude). Même les pays du Sud font mieux que la France, aussi bien en Afrique (4,33 cas par million d’habitants) qu’en Amérique du Sud (4,69 cas par million d’habitants).

Egalement observée dans d’autres pays européens, cette tendance ne serait pas liée à une contamination accrue des aliments, au contraire en baisse, mais plutôt à «une hausse de la population immunodéprimée», explique Mathieu Tourdjman. Vieillissement de la population, hausse des cancers… la listériose trouve ainsi plus de personnes fragiles à infecter.

Or, contrairement aux femmes enceintes, ces personnes «ne sont pas ciblées» par les messages préventifs, et consomment trop de produits à risque, ajoute l’épidémiologiste. Un travail en ce sens devrait bientôt commencer entre la Direction générale de la santé (DGS), la Direction générale de l’alimentation (DGAL) et l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES).

[1] Entraînant 29 morts, cette épidémie de listériose a longtemps été la plus forte jamais connue par les Etats-Unis. Elle ne s’est fait doubler qu’en 2011, par des melons contaminés qui ont fait 30 morts.



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