Lipides: vers une remise à plat des effets cardiaques?

Le 26 mars 2014 par Romain Loury
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Aucun effet significatif des oméga-3 et des oméga-6.
Aucun effet significatif des oméga-3 et des oméga-6.
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Oméga-3 bons pour la santé, mauvais acides gras saturés: une étude publiée dans les Annals of Internal Medicine remet en cause ces deux idées largement acceptées sur les lipides, jetant un peu plus le trouble dans un domaine aux nombreux travaux contradictoires.

Rajiv Chowdhury, épidémiologiste à l’université de Cambridge (Royaume-Uni), et ses collègues ont réanalysé pas moins de 72 grandes études portant sur l’effet cardiovasculaire de divers lipides, ce qui, avec plus de 600.000 individus inclus, en fait l’une des plus grandes méta-analyses jamais réalisées sur le sujet.

Parmi ces travaux, certains étaient observationnels, d’autres consistaient en des essais menés contre placebo; les uns portaient sur des personnes en bonne santé, d’autres sur des gens présentant plusieurs facteurs de risque d’infarctus. Or ces études, analysées de manière groupée, livrent des résultats allant à l’encontre des idées les plus courantes.

En premier lieu, les chercheurs n’observent aucun effet significatif des oméga-3 et des oméga-6 sur le risque de maladies coronariennes. Ils concèdent toutefois un léger bénéfice à l’acide eicosapentaénoïque (EPA) et à l’acide docosahexaénoïque (DHA), mais seulement lorsque c’est leur taux sanguin qui est analysé, pas leur niveau de consommation.

Les acides gras saturés sans conséquences?

A l’inverse, pas d’effet délétère apparent pour l’ensemble des acides gras saturés, bien qu’ils soient unanimement accusés de favoriser les accidents cardiovasculaires. Au vu des taux sanguins, certains semblaient même avoir un effet légèrement positif, comme l’acide margarique des produits laitiers, d’autres plutôt négatif, dont l’acide palmitique de l’huile de palme et l’acide stéarique des graisses animales.

Quant aux acides gras mono-insaturés, ils n’ont aucun effet apparent, résultat peu étonnant au vu de l’absence de consensus à leur sujet. Selon les chercheurs, «il faudrait réévaluer l’ensemble des recommandations nutritionnelles portant sur les effets cardiovasculaires des lipides, afin que ces nouveaux éléments soient pris en compte».

Pas décevants, les acides gras trans

Au final, les seuls lipides à ne pas décevoir le lecteur sont les acides gras trans, dont une consommation élevée est associée à une hausse de 16% du risque de maladie coronarienne. Ce qui devrait un peu plus convaincre la Food and Drug Administration (FDA) de les bannir des denrées alimentaires, projet actuellement en cours de consultation (voir le JDSA).

Dans un communiqué de l’université de Cambridge, Jeremy Pearson, directeur médical adjoint de la British Heart Foundation (BHF), estime qu’«il n’y a pas assez d’éléments pour affirmer qu’un régime riche en acides gras polyinsaturés [comme les oméga-3, ndlr] et pauvre en saturés réduit le risque de maladies cardiovasculaires. Avant d’émettre tout jugement définitif, il est nécessaire de mener de grands essais cliniques, comme le recommandent les chercheurs».



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