Linky: un lancement dans le brouillard

Le 28 septembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Il faudra remplacer 35 millions de compteurs.
Il faudra remplacer 35 millions de compteurs.

Le gouvernement a décidé d’installer une nouvelle génération de compteurs d’électricité. Deux problèmes: où trouver l’argent et à qui appartiendront ces boîtiers communicants?

Cela devait être l’une des grandes aventures industrielles et énergétiques du quinquennat. C’est en train de se transformer en Arlésienne technologique. Voilà des années que le gestionnaire de réseau (ERDF) travaille à rendre «intelligents» les réseaux dont elle a la charge.
 
Cette intelligence devant permettre d’améliorer la surveillance de 1,3 million de kilomètres de lignes, d’accélérer et d’affiner les diagnostics en cas de panne, de mieux supporter le caractère intermittent de la production des éoliennes et autres centrales photovoltaïques.
 
Bref, à coup de logiciels sophistiqués et d’automates dédiés, la filiale de distribution d’électricité d’EDF améliore la qualité de service. Ce qui doit se traduire, par exemple, par une réduction du temps de coupure.
 
Pour le particulier, «l’intelligence» sera concrétisée, si l’on peut dire, par l’installation du compteur Linky. Jaune acide, ce compteur électronique de nouvelle génération a sur ses prédécesseurs le double avantage de pouvoir compter finement la consommation des usagers et de transmettre les relevés de consommation à ERDF, qui doit les renvoyer vers les fournisseurs d’électricité.
 
Principal intérêt de l’engin: les factures ne sont plus établies à partir d’une estimation de la consommation, mais à partir de la consommation réelle. Emetteur d’information, Linky est aussi un récepteur de données. Cette intercommunabilité permettra aux fournisseurs et à ERDF de réaliser de nombreuses opérations à distance: mise en service, dépannage rapide, envoi mensuel des factures, etc.
 
Outre sa couleur flashy, Linky offre au client final la possibilité de suivre très régulièrement ses consommations réelles. A terme, il lui permettra de changer de fournisseur ou de tarifs à distance.
 
Voilà pour la théorie qui doit laisser la place à la réalité.
 
Après une année d’essais dans l’agglomération lyonnaise et dans la banlieue de Tours, ERDF, les usagers et les collectivités ont pu se rendre compte du caractère opérationnel du système. «Les résultats techniques de l’expérimentation ont été très bons: seuls 0,7% des compteurs ont fait l’objet de réclamations», a indiqué, ce matin, Eric Besson, le ministre chargé de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique.
 
La décision de déployer Linky dans les 35 millions de foyers était donc attendue dans la foulée. Et elle a été prise. «Le gouvernement a bien décidé la généralisation du compteur Linky qu’a expérimenté avec succès ERDF pendant un an», confirme le co-locataire de Bercy.
 
Mais avait-il le choix? La directive européenne sur l’efficacité énergétique de 2006 impose aux Etats membres d’installer des «compteurs individuels qui mesurent avec précision» la consommation effective et «qui fournissent des informations sur le moment où l’énergie a été utilisée.» Le tout chez 80%, au moins, de la population. Et en 2020, au plus tard. Il n’est pas trop tôt pour s’en préoccuper.
 
Le problème, c’est que si la décision de changer nos millions de compteurs électromécaniques et électroniques de première génération a bien été prise, le gouvernement n’a pas encore à sa disposition les moyens de faire appliquer sa décision.
 
A commencer par son financement. Michelle Bellon, la présidente d’ERDF, a rappelé que l’investissement à prévoir était de l’ordre de 4,3 milliards d’euros. Un montant qui sera intégralement payé par ERDF, a précisé Eric Besson, notamment par des gains de productivité du réseau. Pas question, à 6 mois des élections présidentielles, de faire payer l’installation de nouveaux compteurs aux électeurs-consommateurs-contribuables qui ont déjà vu le montant de leur facture grimper de plus de 20% ces dernières années,
 
Hélas, pour le moment, personne ne sait comment financer le plus gros investissement d’ERDF de ces prochaines années. «Pour l’instant, il n’y a pas d’argent», résume un haut fonctionnaire, très au fait du dossier. Bon nombre d’experts parient sur une augmentation du Tarif d’utilisation des réseaux d’électricité (Turpe).
 
La partie finances est d’autant plus complexe à gérer que personne ne semble même d’accord sur les coûts. En fin de matinée, Michelle Bellon a rappelé que la pose du compteur représente 45% du montant de l’opération, soit quasi autant que l’achat des compteurs. La mise en place des systèmes d’information consommant le solde du budget.
 
Jusque là, tout le monde est d’accord. En revanche, la présidente d’ERDF estime à «moins de 30 minutes» le temps de pose moyen d’un Linky. Or le dossier d’évaluation de l’expérimentation, publié en juin dernier par la Commission de régulation de l’énergie (CRE, le régulateur des marchés français de l’énergie, ndlr), estime «le temps de pose en phase stabilisée […] à 47 minutes.» Qui croire ?
 
Autre difficulté: la propriété des compteurs. On l’oublie souvent, les réseaux de distribution appartiennent aux collectivités locales. ERDF gère cet énorme patrimoine pour leur compte. Mais bon nombre d’élus questionnent le gouvernement depuis des mois sur la question de la propriété du nouveau compteur. Comptablement, la situation du gestionnaire de réseaux de distribution (GRD) sera très différente si les Linky sont des actifs qu’il peut porter à son bilan, ou non. La tentation semble grande. Et visiblement, la décision n’est pas prise: «Il faut trouver un consensus qui permette à ERDF de financer son projet», se contente de dire Eric Besson.
 
Autre écueil: l’efficacité énergétique qui est, tout de même, à l’origine du projet. Linky devait permettre, via ses fonctionnalités, aux consommateurs de réduire leurs consommations. «On en est encore très loin», confirme Philippe van de Maele, le président de l’Ademe.
 
Pour résoudre tout cela, Eric Besson va donc organiser une concertation avec la CRE, ERDF, les élus locaux et des représentants des autorités concédantes. Le GRD n’est pas prêt de lancer son appel d’offres européen pour la fabrication des 7 premiers millions de Linky.


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