Linky: le compteur qui met le feu aux poudres

Le 24 novembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) a choisi d’attendre le dernier jour du salon des maires et des collectivités locales pour croiser de nouveau le fer contre son adversaire favori: ERDF.
Devant une poignée de journalistes, son président, Xavier Pintat, a rendu public un Livre blanc sur les services publics de l’électricité. Fruit de plus d’un an de travail, de l’aveu du directeur général Pascal Sokoloff, ses conclusions ne sont pas nouvelles.
 
«En moyenne, le temps de coupure s’est élevé, en 2010, à 119 minutes. Mais dans certains départements, comme le Loir-et-Cher, cela peut s’élever à 772 minutes par an», précise Xavier Pintat. La qualité de service n’est donc pas au rendez-vous. Un message déjà porté par la Fédération lors de son dernier congrès, en 2009.
 
La raison, elle aussi, est connue: «Durant la décennie 1995-2007, EDF a opéré une baisse drastique de ses investissements dans les réseaux de distribution pour financer son développement internationa.». Avec des résultats inquiétants. «Sur les 600.000 kilomètres de réseaux à basse tension, nous comptons toujours 100.000 km de lignes dont les fils sont nus, s’énerve le sénateur-maire de Soulac-sur-mer. Au total, 8 milliards d’euros sont nécessaires pour remplacer tous ces réseaux vétustes.»
 
Le diagnostic n’est pas vraiment contesté par la filiale d’EDF qui assure l’exploitation de 95% des réseaux de distribution de l’Hexagone. ERDF rappelle toutefois qu’elle ne cesse d’accroître ses investissements. L’an passé, le groupe présidé par Michèle Bellon a consacré 2,5 milliards à l’amélioration des réseaux dont il a la charge: «soit 10,7% de plus qu’en 2009, 25,9% de plus qu’en 2008 et 48% de plus qu’en 2007», rappelle-t-on dans les couloirs de la Tour Winterthur. Avec pour principal résultat un temps de coupure réduit, cette fois, à 45,1 minutes par abonné, en 2011, contre 62,2 minutes, en 2010. Batailles de chiffres.
 
Ce redémarrage des travaux a, en grande partie, été la bénéfique conséquence de l’augmentation, en 2009, du tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité (Turpe), lequel assure 90% des recettes du distributeur.
Problème: cet argent pourrait prochainement être affecté à un autre usage que la restauration des réseaux. Une fois passées les élections présidentielles et législatives, ERDF devrait enfin pouvoir lancer son vaste programme de changement de compteurs. En 5 ou 6 ans, les compteurs électromécaniques ou électriques des 35 millions de consommateurs d’électrons devraient laisser la place à des compteurs communicants: les fameux Linky.
 
Si le coût de l’opération est à peu près cadré (4,3 Md€), son financement ne l’est pas encore [JDLE]. Certains observateurs parient sur une forte augmentation du Turpe, en 2013. Par la voix de son président, EDF a laissé entendre qu’elle pourrait régler la note (dont le montant est supérieur à celui présenté en septembre par le ministre de l’industrie) à la condition de devenir propriétaire desdits compteurs; ce qui permettrait ainsi de gonfler, comptablement, les actifs de l’électricien historique.
 
Un détail: les réseaux, et donc leurs compteurs, sont depuis la loi de 1946 la propriété des collectivités locales qui en concèdent l’exploitation à ERDF. Vouloir récupérer les compteurs, comme le souhaite Henri Proglio le patron d’EDF, c’est déclarer la guerre aux collectivités et à la FNCCR.
 
Après la présentation de son Livre blanc, cette dernière n’a d’ailleurs pas hésité à sortir son «arme de dissuasion». Xavier Pintat a clairement évoqué la possibilité pour les collectivités locales de reprendre à ERDF l’exploitation de leurs réseaux, ce qui mettrait directement en péril ERDF.
 
Fort heureusement, nous n’en sommes pas là. Pour deux raisons. D’une part, la récupération des réseaux par les collectivités nécessite de changer la loi: celle-ci ne permet pas à des villes ou des syndicats intercommunaux ayant concédé la maintenance de leurs lignes d’en récupérer la gestion. D’autre part, la disparition d’ERDF signerait celle des compteurs communicants et des réseaux «intelligents», deux outils indispensables pour que la France atteigne ses objectifs d’amélioration de performance énergétique et de réduction d’émission de CO2. Une politique de la terre brûlée dont personne ne veut.
 
Peut-on sortir de l’impasse? Tant qu’EDF et la FNCCR resteront dressées sur leurs ergots, il ne se passera évidemment rien. A moins, bien sûr, que le ministre en charge de l’énergie ne se décide enfin à les réunir pour régler la délicate question du financement de la modernisation des réseaux et du déploiement de Linky. Hélas, il ne semble pas que cette rubrique figure dans l’agenda ministériel de ces prochaines semaines.


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus