Limiter le poisson chez la femme enceinte, pas efficace pour les PCB

Le 23 avril 2014 par Romain Loury
> 
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Peine perdue pour les PCB?
Peine perdue pour les PCB?
DR

Réduire sa consommation de poisson peu avant une grossesse est peut-être efficace pour réduire l’exposition du fœtus au mercure, mais beaucoup moins pour diminuer celle aux PCB, révèle une étude canadienne publiée dans la revue Environmental Health Perspectives (EHP).

Deux portions de poisson par semaine, mais prudence quant aux poissons prédateurs sauvages, ainsi qu’à l’espadon, au marlin, au siki, au requin et à la lamproie, pour les femmes enceintes, allaitantes et les enfants de moins de trois ans. Selon ces recommandations publiées en juillet 2013 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), il s’agit surtout d’éviter une trop grande exposition aux polluants, qui se concentrent dans ces espèces en vertu du phénomène de bioaccumulation.

Or ce qui semble efficace pour le mercure -dont la forme organique, le méthylmercure, présente une courte demi-vie d’élimination de l’organisme (de 40 à 50 jours)- ne l’est pas forcément pour d’autres polluants, notamment les PCB, qui mettent plusieurs années pour être éliminés. C’est ce qui ressort de l’étude de modélisation menée par Matthew Binnington, du département des sciences physiques et environnementales de l’université de Toronto, et ses collègues.

Les chercheurs ont estimé la concentration en PCB-153 (PCB de type non-dioxine dont la demi-vie d’élimination est estimée à 15,1 années), chez des fœtus, des nourrissons et des enfants, selon que la mère, puis l’enfant une fois que celui-ci n’était plus allaité, suivaient ou non les recommandations. Plusieurs scénarios ont été testés: substitution totale du poisson par de la viande ou par des fruits et légumes, substitution à seulement 50% par les mêmes aliments.

Résultat: lorsque le suivi des recommandations ne débute qu’un an avant la naissance, l’ensemble des scénarios aboutissent à une diminution de moins de 10% de l’imprégnation par le PCB-153. Il faut que les femmes aient décidé de se détourner du poisson  5 ans avant la naissance pour que l’on observe un effet supérieur à 30%, et seulement chez celles ayant totalement abandonné le poisson.

L’interdiction totale préférable?

«Pour les composés aux longues demi-vies, une baisse temporaire de l’ingestion quotidienne de contaminants ne se traduira pas forcément par une diminution significative du taux de POPs dans le corps de la mère», commentent les chercheurs.

Selon eux, les recommandations destinées aux populations sensibles devraient surtout se concentrer sur les polluants dont la demi-vie d’élimination ne dépasse pas un an. Quant aux polluants les plus persistants, ils vont jusqu’à prôner «une interdiction totale» des poissons les plus imprégnés, et ce pour l’ensemble de la population, ce qui serait «préférable à des conseils ciblés sur certaines périodes de la vie».

Pour les poissons les plus chargés en PCB, à savoir les poissons d’eau douce fortement bio-accumulateurs (dont l’anguille et la carpe), l’Anses préconise déjà un surcroît de vigilance chez les fillettes, adolescentes et jeunes femmes en âge de procréer: au maximum une fois tous les deux mois, contre deux fois par mois en population générale.

Autre grief adressé par les auteurs aux recommandations d’experts, le fait qu’elles ne font qu’indiquer les aliments à éviter, rarement ceux par lesquels il faudrait les remplacer. «Or remplacer du poisson par de la viande peut s’avérer faire plus de mal» en raison d’une plus grande exposition à d’autres contaminants, explique l’université de Toronto. Sans oublier le risque de se priver des bienfaits du poisson, notamment de ses oméga-3 bénéfiques pour le développement du cerveau.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus