Lima: on entre dans le dur

Le 08 décembre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le ministre péruvien, Manuel Pulgar Vidal (2e en partant de la droite), dirige les travaux de la COP20.
Le ministre péruvien, Manuel Pulgar Vidal (2e en partant de la droite), dirige les travaux de la COP20.
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Les négociateurs présents au sommet climatique de Lima disposent depuis ce matin d’une première mouture de pré-accord. Ils ont désormais 6 mois pour tenter de se mettre d’accord. Ce qui est loin d’être acquis.

Après une première semaine où chaque partie à la négociation a rappelé sa position initiale, les véritables négociations ont débuté au sommet climatique de Lima. Pour mémoire, l’ambition du gouvernement péruvien est que cette COP 20 accouche d’un projet d’accord universel, lequel serait finalement conclu lors du sommet de Paris, en décembre 2015.

Ce lundi 8 décembre, les deux présidents du groupe de travail sur la Plate-forme de Durban pour une action renforcée (ADP) ont proposé des «éléments pour un projet de texte à négocier». Rien que de très normal, ils remplissent là leur mission. Comprenant une centaine d’articles (avec plusieurs options chaque fois), ce pré-projet d’accord fera frémir bien des observateurs, à commencer par les compagnies pétrolières.

Objectif 2°C voire 1,5°C

L’ADP propose ainsi que l’objectif dudit accord soit de stabiliser le réchauffement à 2°C (par rapport à l’ère pré-industrielle), voire 1,5°C. L’atteinte d’un tel objectif nécessitera des efforts sans précédents. Les experts de l’ADP ouvrent d’ailleurs plusieurs pistes: la neutralité carbone pour 2050 avec des émissions négatives pour 2100; abattre de 40 à 70% les émissions de gaz à effet de serre entre 2010 et 2050 selon les «responsabilités historiques, les capacités et l’état de développement des Etats»; réduire «de moitié, au moins» les émissions de GES d’ici 2050; faire baisser les émissions mondiales de GES dès 2015 pour stopper tout rejet vers 2050; stabiliser la concentration de GES à 350 parties pour million (ppm).

Après l’atténuation, l’adaptation est un autre chapitre majeur du document provisoire. Visiblement très discutée, cette partie n’est pratiquement constituée que d’options sur lesquelles les négociateurs devront s’entendre. L’une d’entre elles prévoit que les pays «développés» consacrent «au moins» 50 milliards de dollars par an (40,7 Md€), entre 2020 et 2025, et «au moins» 100 Md$ par la suite au financement de l’adaptation aux conséquences des changements climatiques des pays en développement. De quoi faire jaser dans les ministères des finances. D’autant que ces montants, aussi importants soient-ils, sont probablement très éloignés des besoins réels.

Hausse du devis de l’adaptation

Vendredi 5 décembre, le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) a révisé à la hausse ses estimations en la matière. «Même en réduisant les émissions de gaz à effet de serre jusqu'au niveau requis pour limiter la hausse des températures mondiales à 2°C au cours de ce siècle, le processus d'adaptation au changement climatique dans les pays en développement coûtera probablement deux à trois fois le montant prévu, estimé entre 70 et 100 Md$ par an d'ici 2050», indique le Pnue dans un rapport. L’an passé, la communauté internationale a consacré environ 25 Md$ (20,3 Md€) de fonds publics à l’adaptation.

Qui paiera?

A la question de savoir qui devra payer, le document propose de nombreuses réponses: les pays de l’annexe B du protocole de Kyoto ou toutes les parties à la convention de l’ONU sur le changement climatique? A supposer que les négociateurs cochent une case, il leur faudra aussi déterminer l’usage de cette manne: la promotion du développement durable, le financement des technologies bas carbone, l’intégration des objectifs climatiques dans les activités concernées (énergie, agriculture, urbanisme, transport, fiscalité, aménagement du territoire).

L’article 36 ne sera pas le moins débattu. Il porte sur le financement des instruments financiers, et notamment sur le fonds climatique vert. Pour en assurer l’efficacité, une «option» suggère qu’il soit massivement abondé par les pays les plus industrialisés. Dès 2020, ces derniers pourraient devoir lui verser l’équivalent de 1% de leur PIB. On imagine déjà les hurlements des grands argentiers. Pour le transfert, du Nord au Sud, des technologies propres et sobres, c’est un peu moins cher: «Le plancher est fixé à 100 Md$/an.»

Voilà pour les principaux points de l’esquisse. Les discussions devraient durer encore quelques mois, l’objectif fixé à l’ADP étant de présenter un projet d’accord acceptable par la plupart des parties d’ici le mois de mai 2015. Six mois ne seront pas de trop.



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