Lima: les craintes des électriciens

Le 09 décembre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les électriciens font entendre leur voix
Les électriciens font entendre leur voix

Dans un rapport présenté ce 9 décembre lors du sommet climatique de Lima (COP 20), le lobby électrique mondial rappelle que son avenir décarboné passe par la fixation d’un prix du carbone et une meilleure gestion de l’eau et des territoires. Explications.

Jusqu’à présent, les producteurs d’électricité ne disposaient pas vraiment d’un lobby mondial organisé. Les électriciens se regroupaient par région (Eurelectric en Europe) ou au gré de projets communs. En 2011, lors du sommet climatique du Durban, le Conseil mondial de l’énergie (WEC), le Conseil mondial des affaires pour le développement durable (WBCSD) et la branche sud-africaine du consultant Deloitte ont créé l’Initiative globale pour l’électricité (GEI). But de l’opération: regrouper les principales compagnies mondiales pour donner le «la» électrique, lors des négociations Climat. C’est désormais chose faite. De Duke à EDF, en passant par Eskom, RusHydro, RWE, Saudi Electricity, AEP ou Electrobras, la GEI réunit le gratin électrique de la planète.

 

Investir en Afrique et en Asie

Et mardi 9 décembre, la GEI s’est rappelée au bon souvenir des négociateurs. Dans un rapport, rendu public à Lima, le lobby interpelle les politiques sur quelques problématiques d’importance. A commencer par l’échec annoncé de l’accès universel à l’électricité durable, initialement programmé pour 2030. Même si 1,7 milliard de personnes supplémentaires ont été raccordées à l’électricité entre 1990 et 2010, les investissements restent insuffisants, notamment en Asie et en Afrique.

Reprenant à son compte les projections de l’Agence internationale de l’énergie, la GEI rappelle qu’en dépit de la forte croissance des capacités de production renouvelables et décarbonées, le bouquet énergétique des principaux électriciens restera majoritairement fossile, du moins jusqu’en 2035.

 

Le stockage géologique refait surface

Ce qui explique pourquoi le captage-stockage géologique de CO2 (CSC) refait surface. Cette palette de technologies permettant d’injecter sous terre le dioxyde de carbone des effluents gazeux des centrales thermiques n’est pas nouvelle. Toutefois, les électriciens interviewés par les auteurs du rapport s’y intéressent de plus en plus. «La CSC est considérée par les électriciens comme une solution leur permettant vraiment de réduire leur empreinte carbone, confirme Philippe Joubert, président de la GEI. Le problème, c’est de créer un contexte favorable à son développement.»

Car les obstacles ne manquent pas. «Il faut prendre en compte plusieurs facteurs, rappelle l’ancien patron d’Alstom Power. D’une part, le fait que les installations de captage utilisent une partie [autour de 15%, ndlr] de l’énergie produite par la centrale, réduisant d’autant son rendement. D’autre part, sans perspective de fixation d’un prix significatif du carbone, personne n’investira dans la CSC. Or, pour le moment, les régulateurs refusent que l’on intègre les coûts du captage et du stockage de carbone dans les prix régulés de l’électricité.»

 

Ne pas négliger l’accès à l’eau

Autre écueil: le public. On l’a vu lors d’opérations pilotes en France, en Allemagne et aux Pays-Bas: il existe un réel problème d’acceptation par le public des stockages géologiques de CO2. Ne pas le prendre en compte en amont, c’est condamner la filière.

L’avenir de l’électricité ne passe pas seulement par sa décarbonation mais aussi, et surtout, par l’accès à l’eau. «C’est l’une des principales nouveautés de ce rapport. L’eau n’est plus perçue comme un moyen flexible de stocker de grands volumes d’électricité mais aussi comme une ressource qui se raréfie pour les centrales thermiques. Or, sans eau, plus de centrales au charbon, au gaz, à la biomasse ou nucléaire.»

Satisfaire les besoins d’une population croissante implique de mettre en service de plus en plus de centrales. Les prospectivistes du WEC estiment que la production mondiale d’électricité va croître d’une cinquantaine de térawattheures par an d’ici 2050: l’équivalent de 10% de la demande française annuelle. «Où allons-nous les mettre, s’interroge Philippe Joubert. Car, dans le même temps, il faudra développer les villes, planter de plus en plus d’arbres pour stocker du carbone et accroître les surfaces agricoles, dont les rendements ne cessent de diminuer. Nous allons au-devant de graves conflits d’usage des sols.»

Ces problèmes seront exacerbés par les besoins des gestionnaires de réseaux. «On demande aux électriciens de construire de plus en plus de capacités renouvelables, notamment en mer. Mais s’il faut, comme c’est le cas en France actuellement, attendre chaque fois une décennie avant de pouvoir tirer une ligne de transport entre des fermes offshore et la terre ferme, le réchauffement ira plus vite que nous.»

Quel prix donner au carbone?
Entre eux, les électriciens estiment que l’émission d’une tonne de carbone doit coûter une cinquantaine de dollars (40,7 euros) pour inciter les entreprises à investir dans la décarbonation. Sur les marchés européens, américains ou chinois, le prix du quota oscille entre 2 et 15 $ (entre 1,6 et 12,2 €). «Cela étant, dès que les industriels auront la certitude que toutes les émissions de carbone seront taxées et que le niveau de cette taxation augmentera, ils anticiperont ce mouvement et investiront», insiste Philippe Joubert.

 

 



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