Lignes THT: pas d’effet sur le bétail mais des doutes pour l’homme

Le 30 janvier 2009 par Sabine Casalonga
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
pylon
pylon

Alors que les impacts sur la santé des lignes à très haute tension suscitent des inquiétudes, des experts ont conclu à l’absence d’effet sur les élevages et à la nécessité de poursuivre les recherches chez l’homme en l’absence de preuves.

Vivre à moins de 300 mètres d’une ligne à très haute tension (THT) conduit à une dégradation significative des conditions de vie. Telle est la conclusion de l’enquête réalisée auprès de 2.000 foyers normands par le Criirem (1), à la demande de la Coordination Stop-THT opposée au projet de ligne électrique Cotentin-Maine. D’après leurs résultats publiés le 26 janvier, les personnes exposées demeurant donc à moins de 300 mètres de lignes THT (entre 0,03 et 11 microtesla -ou µT) ont déclaré ressentir davantage d’états dépressifs, de vertiges, de nausées et de problèmes cutanés que des personnes vivant dans une zone faiblement exposée (0,05 à 0,1 µT). Ont également été rapportés des dysfonctionnements d’appareils électriques dans les habitations et des impacts sur la production laitière dans les exploitations agricoles. «Ce ressenti de la population mérite d’être pris en compte par une application du principe de précaution», affirme Pierre Le Ruz, président du Criirem.

Cette étude a été contestée par le Réseau de transport d’électricité (RTE), gestionnaire des lignes en France et filiale d’EDF, qui exprime dans un communiqué du 28 janvier de vives réserves sur les conclusions et la méthode «non scientifique» de l’enquête. «Aucune relation de cause à effet n’a pu être démontrée entre l’exposition aux champs électromagnétiques de très basses fréquences ( lignes THT) et la santé. Il faut séparer le débat sur les impacts sanitaires de celui qui concerne l’opposition à l’installation des lignes», a déclaré Dominique Maillard, président de RTE.

C’est dans ce contexte que s’est ouverte jeudi 29 janvier l’audition publique «Les lignes à haute et très haute tension: quels impacts sur la santé et l’environnement?» dans les locaux de l’Opecst (2) qui avait été saisi par la Commission économique du Sénat.

Concernant l’impact sur les animaux d’élevage, les experts sont formels sur l’absence d’effet direct des lignes HT. Si les effets néfastes des courants induits, amplifiés par la présence de lignes à HT, sont connus, ils peuvent être éliminés par des mesures d’isolation électrique des bâtiments de ferme. Les troubles de santé et les décès des vaches résulteraient d’autres facteurs (alimentation inappropriée, virus). Henri Brugère de l’Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort rappelle que les études conduites depuis plus de 10 ans au Canada n’ont démontré aucun effet. Le 28 octobre dernier, un tribunal de grande instance a toutefois condamné RTE à indemniser un éleveur pour des dommages causés à ses animaux par une ligne THT (3).

Concernant les impacts sur la santé humaine, les experts ont rappelé l’absence de preuve au regards des données existantes. Dans un rapport à paraître, le Comité scientifique sur les risques émergents et nouvellement identifiés pour la santé (Scenihr) de la Commission européenne, confirme ses recommandations de 2007. L’existence d’un lien inexpliqué entre l’exposition aux très basses fréquences et des cas de leucémie chez les enfants a été rapporté par plusieurs études épidémiologiques, ainsi qu’un lien possible avec la maladie d’Alzheimer (3). «Certaines études chez l’animal montrent un effet sur le système nerveux pour un champ compris entre 100 et 1.000 µT, mais les données souvent incohérentes ne peuvent pas être extrapolées à l’homme», ajoute Laurent Bontoux, responsable scientifique du Scenihr. S’il préconise la poursuite des recherches, il estime qu’aucun effet sur la santé humaine ne peut, à l’heure actuelle, être attribué aux lignes THT. Et estime donc que le rapport Bio-initiative, publié en 2007 et appelant à réviser la valeur d’exposition maximale de 100 µT fixée par l’Union européenne ne devrait pas être suivi d’effet.

«Aucune étude ne se révèle probante ni chez l’animal ni chez l’homme», assure également André Aurengo, membre du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF) et de l’Académie de médecine. Certes, en 2001, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé les champs électromagnétiques comme «cancérogène possible» suite à l’observation d’une corrélation statistique entre des leucémies chez l’enfant et l’exposition aux lignes HT. «Mais d’autres facteurs ou des biais méthodologiques pouvaient l’expliquer et aucun lien de cause à effet n’a pu être prouvé», souligne André Aurengo. En outre, aucun effet biologique des champs électromagnétiques n’est actuellement connu.

Face à ces incertitudes, les experts prônent la poursuite des recherches et l’information du public. D’ici fin 2009, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) publiera un rapport sur cette question. «D’après nos premiers résultats, l’exposition moyenne, inférieure à 0,4 µT est multipliée par 10 à proximité d’une ligne à haute tension (3 à 4 µT). Au-delà d’une distance de 100 mètres, l’influence des THT n’est plus détectable en raison du bruit de fond. Les pics d’exposition les plus élevés sont observés lors du passage des anti-vols aux caisses des supermarchés» a indiqué Martin Guespereau, le directeur de l’Afsset.

Autre étude très attendue, Expers, coordonnée par l’Ecole supérieure d’électricité (Supélec). Elle vise à caractériser l’exposition aux champs électromagnétiques auprès de 1.000 adultes et 1.000 enfants, représentatifs de la population française, à l’aide d’appareils portatifs individuels. «D’après les résultats préliminaires, l’exposition moyenne est inférieure à 0,4 µT et les facteurs principaux d’exposition sont les transports ferroviaires, les ordinateurs, les radio-réveils et le fait d’habiter dans un immeuble plutôt que dans un pavillon individuel», indique Gilles Fleury du département Signaux et systèmes électroniques de Supélec.

«Malgré la quasi-certitude concernant les animaux, l’existence d’un malaise chez les riverains des lignes THT nous incite à poursuivre les investigations», a conclu le sénateur Daniel Raoul (PS, Maine-et-Loire), vice-président de l’Opecst et rapporteur de l’audition publique. Prochains enjeux? L’étude des expositions cumulées à plusieurs types de fréquences (téléphones mobiles et lignes THT) ou à plusieurs facteurs environnementaux (polluants de l’air et THT).

(1) Centre de recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques

(2) Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques

(3) Dans le JDLE «Condamnation d’un exploitant de lignes électriques pour les dommages subies par un éleveur»

(4) Dans le JDLE «Lignes à haute tension: lien potentiel avec la maladie d’Alzheimer»


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus