Lignes haute tension et leucémie: le mystère demeure

Le 31 octobre 2014 par Romain Loury
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Des leucémies toujours inexpliquées
Des leucémies toujours inexpliquées
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Comment expliquer le risque de leucémies infantiles près des lignes à haute tension? Sujet controversé, ses mécanismes échappent encore et toujours aux scientifiques. Pionnière sur le sujet, une équipe britannique vient d’invalider l’une des principales hypothèses, celle d’un lien avec la pollution de l’air.

 

En 2005, une équipe du Childhood Cancer Research Group à l’université d’Oxford jetait un pavé dans la mare: oui, les enfants résidant à proximité de lignes à haute tension présentent bien un risque accru de leucémie, de 69% chez ceux vivant à moins de 200 mètres par rapport à ceux situés à plus de 600 mètres. Bien que publiée dans le très sérieux British Medical Journal (BMJ), l’étude n’était pas exempte de failles.

D’une part, comment expliquer le surrisque de leucémie observé entre 200 et 600 mètres, distance à laquelle le champ électromagnétique ne dépasse pas celui du bruit de fond naturel? D’autre part, le risque de leucémie aux abords des lignes aurait fortement décliné depuis les années 1960, pour devenir nul au cours des années 2000, selon une nouvelle étude publiée cette année par la même équipe.

L’une des hypothèses souvent avancées permettrait d’éclairer en partie ces points inexplicables, celle d’ions générés par les lignes à haute tension. Du fait de l’électricité, et non du champ magnétique, l’air à proximité des lignes se trouve ionisé, particulièrement par temps de pluie –phénomène responsable du crépitement des lignes.

Emportés par le vent, ces ions, à savoir des atomes chargés positivement ou négativement, iraient bien au-delà de 200 mètres. Ils réagiraient avec des polluants de l’air, dont les particules fines, lesquels se fixeraient plus fortement aux poumons du fait de cette charge électrique. La pollution particulaire ayant diminué depuis les années 1960, ce mécanisme expliquerait la disparition du risque leucémique observée par les chercheurs [1].

Hypothèse séduisante… mais malheureusement peu probable, note à regret l’équipe britannique. Publiés vendredi dans le Journal of Radiologic Protection, leurs résultats s’avèrent négatifs: l’exposition aux ions ne permet pas d’expliquer le risque leucémique.

La distance, meilleur facteur prédictif

L’étude repose sur 7.347 enfants des années 1960 aux années 2000, les mêmes que ceux analysés lors des précédentes études. Les chercheurs ont évalué la survenue de leucémie en fonction de l’exposition aux ions, calculée selon le voltage de la ligne, sa distance à l’habitation, la direction et la vitesse du vent.

L’exposition aux ions s’avère moins prédictive que la distance à la ligne électrique. «Cette nouvelle étude semble montrer que le surrisque de leucémie n’est pas causé par les ions –ce qui nous incite à mieux chercher les causes réelles et à essayer de comprendre les variations au cours du temps», commente Kathryn Bunch, co-auteure de l’étude.

En conclusion de leur étude publiée en mars, celle montrant une atténuation au fil du temps, les chercheurs envisageaient même l’idée d’un résultat artefactuel. Un tel phénomène «a peu de chances de résulter d’un quelconque effet physique des lignes à haute tension: il provient plus probablement de changements de population vivant au voisinage de ces lignes», commentaient-ils alors. En bref, un phénomène sociologique plus que biologique, mais tout aussi difficile à expliquer.

Si les incertitudes demeurent, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé, en 2002, les champs électromagnétiques à très basse fréquence (50-60 Hz) comme possiblement cancérogènes (2B). En avril 2013, le ministère de l’écologie a recommandé de ne plus implanter d’établissements sensibles (hôpitaux, maternités, crèches, écoles primaires, etc.) en des lieux où le champ magnétique dépasse 1 microTesla (µT).

[1] A noter que le lien entre pollution de l’air et cancers de l’enfant, en particulier les leucémies, est loin d’être établi.



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