Leucémie des bivalves: d’une espèce à l’autre

Le 22 juin 2016 par Romain Loury
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La coque commune
La coque commune

Affectant les bivalves (moules, huîtres, coques et palourdes), la néoplasie hémocytaire constitue non seulement un nouveau cas de cancer transmissible, mais elle semble aussi pouvoir passer d’une espèce à l’autre, révèle une étude publiée mercredi 22 juin dans Nature.

En avril 2015, l’équipe de Stephen Goff, du Howard Hughes Medical Institute de New York, avait montré que la néoplasie hémocytaire, cancer s’apparentant à une leucémie du fait qu’il touche l’hémolymphe (liquide circulatoire) des bivalves, était transmissible d’individu à individu, de la même manière qu’une maladie infectieuse. Les cellules cancéreuses sont génétiquement identiques d’un individu à l’autre, suggérant qu’elles proviennent d’un seul individu d’origine.

Seules deux maladies de ce genre avaient jusqu’alors été identifiées dans le monde animal: le sarcome de Sticker (maladie sexuellement transmissible du chien) et la DFTD (Devil Facial Tumour Disease), qui menace le diable de Tasmanie d’extinction.

Moules, coques et palourdes

Après leur première étude, qui portait sur la mye commune (Mya arenaria), côtes atlantiques d’Amérique du Nord), l’équipe de Stephen Goff a révélé mercredi 22 juin que la néoplasie hémocytaire est également transmissible chez d’autres espèces de bivalves. En l’occurrence chez la moule Mytilus trossulus de Colombie Britannique (est du Canada), mais aussi chez la coque commune (Cerastoderma edule) et la palourde jaune (Polititapes aureus), cette fois-ci en Galice (Espagne atlantique).

Pour la moule canadienne et la coque galicienne, les cellules cancéreuses isolées, également identiques d’un individu à l’autre, étaient toutes originaires de l’espèce chez laquelle elle sévissait. D’autres expériences ont montré que la néoplasie hémocytaire d’une mye n’était transmissible qu’à ses congénères, pas à d’autres bivalves.

Or la palourde jaune a réservé une surprise aux chercheurs: les cellules cancéreuses de celles atteintes de néoplasie étaient génétiquement très proches d’une cousine proche, la palourde poulette (Venerupis corrugata).

Pourtant, aucune des centaines de palourdes poulettes prélevées sur le même emplacement ne présentait de néoplasie. Selon les chercheurs, il est possible que cette maladie ait d’abord sévi chez la palourde poulette, éliminant les individus susceptibles pour n’épargner que les résistants, avant de se tourner vers la palourde jaune.

La néoplasie hémocytaire en France?

La néoplasie pourrait aussi s’être implantée en France, notamment en Vendée et en Charente-Maritime: c’est ce que révèle une étude de l’Ifremer[i] à paraître en juillet. Selon ces travaux, dont le JDLE s’est fait l’écho, elle pourrait même être à l’origine de la forte mortalité qui frappe les élevages mytilicoles atlantiques depuis 2014. Les chercheurs ont en effet trouvé de sévères anomalies génomiques chez les moules touchées par cette surmortalité, suggérant un syndrome de type leucémique.

Chez l’homme, il n’existe pas de cancer transmissible connu à ce jour, à de très rares exceptions près, qui ne vont pas au-delà d’une seule personne touchée: lors d’une greffe (du donneur au receveur), pendant la grossesse (de la mère à l’enfant) ou lors d’accidents chirurgicaux.

L’équipe de Stephen Goff rappelle toutefois le cas étonnant, décrit en 2015, d’un séropositif colombien ayant contracté un cancer dont toutes les cellules étaient originaires d’un ténia nain (cousin du ver solitaire). Il s’agissait jusqu’alors du seul cas connu de cancer transmissible entre espèces.



[i] Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer

 



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