Les yeux et les oreilles de la planète en danger

Le 02 novembre 2011 par Sabine Casalonga
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Les outils d’observation de la Terre, à l’instar des satellites et des capteurs océaniques, sont essentiels pour comprendre le fonctionnement du climat et l’influence des activités humaines. Leur pérennité est toutefois menacée par des coupes budgétaires, notamment aux Etats-Unis. Les nouveaux besoins de la science et de la société appellent en outre à une évolution de ces instrument et des méthodes d’analyse des données.

 

Kevin Trenberth chercheur senior au Centre national de recherche atmosphérique (NCAR) de Boulder, a pu souffler vendredi dernier après le lancement réussi du satellite américain NPP chargé d’améliorer les prédictions météorologiques et de surveiller le changement climatique. Son départ, initialement prévu en 2006, a été retardé pour des raisons techniques. Son rôle est d’assurer la transition entre les satellites actuels (dont la fin de vie est prévue en 2015) et la nouvelle série, dont le lancement a été repoussé à la fin de la décennie, suite aux coupes de budget du NOAA.
 
«On ne peut pas gérer ce que l’on n’a pas mesuré», a rappelé prix Nobel de la paix 2007 en tant que co-auteur du rapport du GIEC, lors de sa présentation mardi 25 octobre à la conférence du Programme mondial de recherche sur le climat (WCRP) à Denver. De fait, la compréhension du climat actuel ainsi que les modèles pour prévoir son évolution requièrent d’innombrables données d’observation. Un total de 50 variables essentielles -dont 16 terrestres, 16 atmosphériques et 18 océaniques- a été établi par le système mondial d’observation du climat (GCOS).
 
Grâce aux développement des technologies, notamment les satellites et les capteurs océaniques, la planète n’a jamais autant été scrutée qu’aujourd’hui mais les données ne sont pas toujours adéquates pour une étude à long terme du climat. Les outils d’observation ont souvent été calibrés pour la météorologie avec une précision inférieure et des échelles temporelles et spatiales insuffisantes pour les besoins des climatologues. Le recueil de données heure par heure serait ainsi nécessaire pour mieux analyser les précipitations. Par ailleurs, le changement climatique lié aux activités humaines créée de nouveaux besoins comme l’acquisition de données capables d’informer les décideurs sur les stratégies d’adaptation, d’évaluer la vulnérabilité et les impacts ou encore de planifier et surveiller les projets de géo-ingénierie.
 
En 2010, une évaluation du GCOS a estimé à 2,5 milliards $ par an le coût nécessaire pour un système d’observation du climat optimal, dont 1,4 M$ pour les satellites et outils observations in situ dans les océans (en supplément du budget annuel de 5 à 7 M$ pour les systèmes d’observation aux Etats-Unis).
 
La prolifération des données représente également un défi en termes d’analyse et d’évaluation. La mauvaise utilisation de certaines données peut conduire à des interprétations erronées, et les outils eux-mêmes sont associés à des variabilités. Seules deux bases de données satellitaires ont d’ailleurs été utilisées dans le 4e rapport d’évaluation du GIEC. « Les données doivent êtres calibrées, continues et re-analysées au cours du temps, en fonction de l’avancée des connaissances » précise le climatologue. Le projet GRUAN (Global Reference Upper Air Network) répondrait à un tel cahier des charges. « Nous devons répondre à ces défis si nous ne voulons pas avancer à l’aveugle dans l’avenir de notre planète », affirme le chercheur.
 
 

Mais plus grave, les systèmes d’observation seraient directement menacés par la crise budgétaire.Le risque de lacunes dans les séries de données, déjà présent, devrait s’accroître dans les décennies à venir. Plusieurs satellites américains arrivent en fin de vie et la crise budgétaire a retardé certains remplacements (leur durée de vie varie entre 3 et 15 ans). Le coût d’un satellite varie entre 100 et 250 millions $. A l’heure des arbitrages budgétaires à Washington, des choix de priorités entre différentes mesures devront être faits. « La semaine dernière, le comité sur la science de la chambre des représentants a annulé le remplacement du satellite OCO-2 (Orbiting Carbon Observatory) qui apporte la meilleure information sur les flux de CO2 de la planète. Apparemment, certains lobby n’auraient pas envie de voir de telles données… », souligne Kevin Trenberth. Reste l’espoir d’une décision plus favorable du Sénat.



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