Les «whale-watchers», d’encombrants amis

Le 27 août 2014 par Romain Loury
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Les cétacés, intermittents de la biodiversité
Les cétacés, intermittents de la biodiversité
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Connues sous le nom anglais de «whale-watching», les excursions touristiques pour observer baleines et dauphins en mer constituent une menace pour ces espèces. Par de possibles collisions, mais aussi, et peut-être surtout, par une perturbation incessante de leur habitat.

Cette forme d’écotourisme a fait l’objet de longs débats, lors de l’International Marine Conservation Congress (IMCC), qui s’est achevé le 18 août à Glasgow. Pour les spécialistes, le sujet est loin d’être marginal: avec un marché estimé à 2,1 milliards de dollars (1,6 milliard d’euros) en 2008, le nombre de touristes «whale-watchers» est passé de 4 millions, en 1991, à 13 millions en 2008,, comme le rappelle la revue Nature.

Certes, la pratique est moins condamnable que d’obliger de pauvres orques à faire des numéros de cirque dans des parcs aquatiques [1]. D’autant que son but affiché est de sensibiliser le public à la nécessité de sauvegarder ces animaux dans leur habitat naturel. Mais le «whale-watching» a aussi ses effets pervers, comme l’ont relevé les experts lors du congrès.

D’une part, il existe un risque non négligeable de collisions avec les bateaux, parfois mortelles. Selon une étude présentée à Glasgow, au moins 10 dauphins de la région de Bocas del Toro, au Panama, auraient ainsi péri, en 2012 et 2013, après avoir heurté ces embarcations, sur une population estimée à 250 individus. Et ce malgré les consignes, pas toujours respectées, en matière de vitesse, de distance minimale ou de zones d’exclusion.

La situation est particulièrement critique pour les espèces les plus menacées. En voie d’extinction, le dauphin de l’Irrawaddy (Orcaella brevirostris) d’Asie du Sud-est se retrouve assiégé par des touristes avides d’admirer l’un des derniers 70 individus survivant dans le fleuve Mékong, au Cambodge et au Laos.

Des intrusions intempestives

Peut-être plus grave, ces bateaux perturberaient les comportements des cétacés, qui peuvent les percevoir comme des prédateurs. Selon de récents travaux menés par l’équipe de David Lusseau, de l’université d’Aberdeen (Ecosse), les baleines de Minke (Balaenoptera acutorostrata) de la baie de Flaxafói en Islande se mettent ainsi à nager plus vite et à inspirer plus intensément à la surface, comme elles le feraient face à d’autres menaces.

En Nouvelle-Zélande, l’arrivée des bateaux touristiques a même entraîné une fuite des dauphins vivant dans le fjord de Doubtful Sound, où les effectifs sont passés de 67 à 56 entre 1997 et 2005. Au risque, à moyen terme, de voir l’espèce déserter complètement la zone. Ce qui est le moyen le plus sûr de régler le problème.

Certes, la pratique n’a pas que des aspects négatifs, rappellent certains experts. Brian Smith, zoologiste new-yorkais de la Wildlife Conservation Society, la considère comme une alternative commerciale à la pêche, et donc aux filets qui piègent les dauphins. Mais pour la biologiste Leslie New, de l’US Geological Survey à Laurel (Maryland), le «whale watching» pourrait bien «être le dernier coup porté aux espèces sur le point de disparaître».

[1] Un sujet récemment abordé par l’excellent documentaire «Blackfish».



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