Les vins de Bordeaux se verdissent tous azimuts

Le 11 mars 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Au Château Couhins (Pessac-Léognan), l'INRAE teste de nouvelles pratiques culturales.
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VLDT

Pour tenter d’endiguer le relatif désintérêt des consommateurs, notamment français, les vins de Bordeaux se réinventent. Au menu: moins de pesticides, plus de RSE. Sans oublier de nouveaux cépages pour s’affranchir des effets du réchauffement.

 

Baisse des ventes en Asie et en Belgique, lourde taxation aux  Etats-Unis, changement de comportement des consommateurs: les ventes de vins de Bordeaux marquent le pas. «En France, nous avons perdu 20% de nos volumes en 5 ans», s’alarmait Bernard Farges, lors d’une conférence de presse, mardi 10 mars.

Plusieurs causes expliquent ce recul, a détaillé le président du comité interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB): modération dans la consommation d’alcool, des consommateurs qui préfèrent désormais les rosés et les blancs aux vins rouges (85% de la production de Bordeaux). Sans oublier la concurrence croissante des bières artisanales.

Entre 2018 et 2019, les Bordelais ont écoulé dans l’Hexagone[1] 130 millions de cols: 10% de moins que l’année précédente. «Bordeaux a perdu des places dans le marché du vin», reconnaît le négociant Allan Sichel. Signe des temps, les caves sont archipleines. Les stocks à écouler sont évalués à 7,7 millions d’hectolitres: «ce n’est pas pléthorique, mais c’est important», concède Bernard Farges.

baisse des pesticides

Pour se relancer, les Bordelais peuvent compter sur les moyens traditionnels. Le CIVB devrait prochainement lancer une nouvelle campagne de communication. Laquelle culminera avec la fête du vin qui pourrait drainer plus de 600.000 visiteurs sur les quais de Bordeaux, à la mi-juin.

Ce ne sera pas suffisant. Aussi, l’interprofession entend adapter ses pratiques aux demandes sociétales. A commencer par la baisse de l’usage des pesticides. Un mouvement initié il y a 4 ans par Bernard Farges. «La filière des vins de Bordeaux a pour objectif la diminution forte, voire la sortie de l’usage de pesticides», déclarait dans nos colonnes le viticulteur de l’Entre-Deux-Mers.

Cela ne commence pas fort. Selon un rapport de la direction régionale de l'alimentation, de l’agriculture et de la forêt, les vignerons bordelais ont accru de 15% leurs achats de matières actives entre 2017 et 2018. «Pour nous, ces chiffres sont excellents. Ils montrent une progression constante de l’utilisation de produits autorisés en agriculture biologique, dont le soufre et le cuivre. Or, à chaque fois qu’un viticulteur remplace un produit de synthèse par un produit bio ou de biocontrôle, les quantités de produits utilisés augmentent, car leur dose d’utilisation sont tout simplement plus élevées», explique le patron du CIVB.

Selon les statistiques dévoilées par le lobby viticole, la part des produits classés cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) est passée de 33% du tonnage total de fongicide utilisés en viticulture bordelaise, en 2008, à 7% dix ans plus tard. En regard, la part conjuguée du soufre et du cuivre est passée de 25% à 50%, en 10 ans.

les émules du bio

Le bio fait donc des émules. Reste à savoir combien. Le CIVB estime que 10% du vignoble bordelais sont désormais conduits en respectant les cahiers des charges de l’agriculture biologique, voire biodynamique. C’est sans doute un peu exagéré. L’Agence bio ne comptabilise que 10.000 hectares de vignes labellisées ou en cours de conversion, soit 8,5% de la surface totale du vignoble bordelais. Ce n’est pas si mal, même si cela reste inférieur à la moyenne française: 12% en 2018.

Ce n’est pas tout. Le CIVB mise aussi beaucoup sur la responsabilité sociale et environnementale. Ou comment améliorer les pratiques sociales, environnementales des exploitations viticoles. Bernard Farges veut embarquer «collectivement la filière du vin de Bordeaux vers ces principes de RSE.» Un petit millier d’exploitations revendiquent la labellisation Haute Valeur Environnementale (HVE). «Reste que les consommateurs ignorent tout de la RSE», s’inquiète un responsable du CIVB.

La reconquête du consommateur perdu passe sans doute par l’utilisation d’autres moyens que la pose de l’étiquette HVE sur les bouteilles.

nouveaux cépages

A la suite d’une modification du cahier des charges de l’appellation, les vignerons peuvent désormais tester, pendant 20 ans, 7 nouveaux cépages. Ils permettront, peut-être, de conserver la typicité des Médoc, des Graves ou des Saint-Emilion, malgré les effets déjà sensibles du réchauffement. Un changement climatique qui contribue (pas seulement en Nouvelle-Aquitaine) à accroître le taux d’alcool du vin. «Il faudra sans doute que l’on réfléchisse aux moyens de produire des vins moins alcoolisés», indique Bernard Farges. Un nouveau chapitre du renouvellement du vignoble reste probablement à écrire.



[1] En moyenne, les vins de Bordeaux écoulent 56% de leur production dans l’Hexagone.