Les villes ne connaissent pas la nuit

Le 14 novembre 2014 par Stéphanie Senet
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Où trouver la nuit en Europe?
Où trouver la nuit en Europe?

Façades, commerces et bureaux doivent être éteints pendant la nuit depuis l’entrée en vigueur, le 1er juillet 2013, d’un arrêté issu du Grenelle de l’environnement[1]. Pourtant, cette extinction des feux est peu respectée en France, selon le deuxième rapport de l’ANPCEN[2]. Au niveau mondial, la lutte contre la pollution lumineuse n’est guère plus avancée.



[1] L’éclairage public n’est pas concerné

[2] Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes

 

 

Un an et demi après son entrée en vigueur, la limitation de l’éclairage nocturne n’est toujours pas généralisée dans l’Hexagone. Elle permettrait pourtant d’économiser 250.000 tonnes de CO2 et 200 millions d’euros de consommation électrique par an selon le ministère de l’écologie.

Un premier bilan, effectué en février dernier par l’ANPCEN, révélait déjà que seulement un tiers des communes appliquaient la réglementation… de façon très partielle. Depuis, la situation n’a guère avancé. L’association note toutefois des progrès à Strasbourg, où plusieurs échanges avec les acteurs publics et privés ont porté leurs fruits. Plus de 95% des vitrines et 100% des bureaux ne consomment plus d’électricité pendant la nuit. Même chose au Puy-en-Velay où 99% des commerces sont éteints dès 23h, tandis que le théâtre, le tribunal et la cathédrale sont plongés dans le noir à 1h. A Angers, le plupart des bâtiments publics suivent aussi la réglementation. Ce qui n’est pas le cas des entreprises situées en périphérie.

En revanche, plusieurs communes s’obstinent encore à faire la sourde oreille. On le voit à Limoges où conseil régional, musée, université et chambre de commerce scintillent de tous leurs feux à 1h15. Même état des lieux à Grenoble (Hôtel de ville, du département, fort de la Bastille, pont Saint-Laurent, ainsi que vitrines et bureaux), Biarritz, Bayonne ou Chambéry pour ne citer que quelques exemples épinglés par l’ANPCEN.

 

Contrôle et règlement-type

 

Aucun contrôle n’étant réalisé par l’Etat[1], l’arrêté de 2013 pourrait vite être jeté aux oubliettes. L’ANPCEN en appelle donc à tous les citoyens, et en particulier les promeneurs nocturnes, pour enrichir la carte interactive mise en ligne sur son site, en photographiant les bâtiments publics, vitrines et bureaux allumés après 1h du matin, et pour adresser une lettre au maire de leur commune. Un rapport publié le 13 novembre par le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) préconise aussi d’établir un règlement-type destiné aux autorités municipales pour diffuser l’obligation sur le territoire.

Au total, la France compte environ 9 millions de points lumineux et enregistre une progression de 30% au cours des 15 dernières années. Outre le gaspillage énergétique et les émissions de gaz à effet de serre, ces sources lumineuses génèrent des déchets dangereux (mercure) et perturbent les écosystèmes. Selon la synthèse de Jean-Philippe Siblet du Muséum national d’histoire naturelle, la lumière artificielle altère la reproduction des chiroptères, désoriente les oiseaux et les reptiles, et modifie le comportement des mammifères marins.

 

Une préoccupation mineure

 

Ailleurs dans le monde, la lutte contre les nuisances lumineuses reste tout aussi limitée. Le rapport du CGEDD révèle qu’en Allemagne, une loi de 1974 (modifiée en 2013) vise à restreindre la pollution lumineuse sans pour autant fixer de seuil d’émission. Au Chili, un haut lieu de l’observation astronomique, un décret-loi de 1998 (modifié en 2012) limite seulement les faisceaux dirigés vers le ciel. En Espagne, 7 régions[2] ont promulgué des lois pour réduire la pollution lumineuse et le gaspillage énergétique en créant des zones où l’installation des sources est limitée. Plusieurs Etats américains, dont l’Arizona, la Californie ou le Maine, ont établi quelques plafonds d’émission. Aucune réglementation contraignante n’existe en revanche à Hong Kong ni au Japon, où le gouvernement a choisi la voie du volontariat.

Au final, le CGEDD conclut que les réglementations sont plus souvent édictées par des autorités locales que nationales ou fédérales. Seules les plus récentes prennent en compte les nuisances provoquées sur la biodiversité et la nécessaire réduction du gaspillage énergétique. Sans que leur efficacité n’ait pour l’heure été démontrée.

 



[1] Il est pourtant prévu par une circulaire du 5 juin 2013

[2] Catalogne, Baléares, Navarre, Cantabrie, Andalousie, Estrémadure, Castille et Léon

 



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