Les vieux véhicules, une plaque tournante pour le trafic de déchets électroniques

Le 19 avril 2018 par Stéphanie Senet
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Des déchets électroniques européens sont envoyés illégalement au Nigeria dans des véhicules destinés au marché de l'occasion
Des déchets électroniques européens sont envoyés illégalement au Nigeria dans des véhicules destinés au marché de l'occasion
UNU & BCCC-Africa

Dans un rapport publié ce 19 avril, l’université de l’ONU montre l’ampleur de la fraude opérée à l’occasion des exportations d’équipements électriques et électroniques (EEE) usagés vers le Nigéria, dont les trois quarts proviennent de l’Union européenne.

 

Au total, 60.000 tonnes de vieux appareils électriques et électroniques ont été exportés vers le Nigéria en 2015 et en 2016. Mais en réalité, un quart d’entre eux n’étaient pas en état de fonctionner. Ce qui montre l’ampleur des exportations illégales de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) vers Lagos, en violation de la convention de Bâle sur les déchets dangereux.

Si ce phénomène est déjà connu, l’étude de l’université de l’ONU[1] est intéressante en ce qu’elle démonte les moyens utilisés par les trafiquants. C’est en effet la première enquête du genre à étudier, pendant près de deux ans, une seule destination (deux ports de Lagos), via les cargaisons reçues et les documents d’importation.

 

Cachés dans de vieux véhicules

Résultat: environ 70% des matériels électriques et électroniques réceptionnés étaient cachés dans des vieux véhicules destinés au marché de l’occasion, ce qui leur ont permis d’échapper aux contrôles et aux tests de fonctionnalité de l’autorité nigériane de régulation. La plupart d’entre eux n’étaient d’ailleurs pas déclarés. Les autres EEE ont été envoyés dans des conteneurs et étaient en majorité déclarés -de façon frauduleuse- comme des articles ménagers et des biens personnels.

 

Musée de l’électronique

Les téléviseurs LCD et moniteurs à écran plat forment les tonnages les plus importants (18%), dont 55% ne marchent plus et constituent des déchets. Viennent ensuite les téléviseurs et moniteurs à tube cathodique (14%), dont l’importation est interdite, puis les photocopieuses, réfrigérateurs, claviers de PC, climatiseurs, haut-parleurs, machines à laver, imprimantes et lecteurs DVD. Autant de matériels qui contiennent des substances dangereuses comme du mercure, des chlorofluorocarbures (CFC) et des hydrofluorocarbures (HFC).

 

Poubelle de l’Europe

Autre fait notable: 98% des déchets cachés dans les vieux véhicules provenaient d’un pays de l’Union européenne, le reste provenant des Etats-Unis. Du côté des conteneurs, les pays expéditeurs sont légèrement différents: un port européen (29%), chinois (24%) et américain (20%).

Toutes catégories confondues, les équipements usagés étaient surtout envoyés par l’UE (77%), et en particulier l’Allemagne et le Royaume-Uni, suivie là encore par la Chine et les Etats-Unis (7% chacun).

 

Impunité généralisée

L’étude a également montré que les exportateurs, comme les importateurs basés à Lagos dans 80% des cas, n’ont connu aucune répercussion suite à leurs expéditions illégales. Ce qui est de mauvais augure pour endiguer le phénomène. Seule solution soulignée par les auteurs du rapport: faire évoluer la réglementation des principaux pays exportateurs et du Nigéria. Des certificats obligatoires d’état de marche et des tests de fonctionnalité devraient ainsi être généralisés. Enfin, Ruediger Kuehr, directrice du programme de l’ONU sur les déchets électroniques (SCYCLE) rappelle que «d’autres projets de recherche du même genre doivent être rapidement menés dans d’autres parties du monde, pour mieux comprendre l’ampleur et la dynamique des trafics».



[1] Cofinancée par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) et par la coopération internationale allemande (GIZ)

 



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