Les vers de terre, victimes négligées du réchauffement

Le 25 octobre 2019 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Plus de vers de terre en Europe
Plus de vers de terre en Europe
DR

Les lombrics, plus abondants dans les régions tempérées, sont particulièrement menacés par le réchauffement climatique, selon une étude publiée vendredi 25 octobre dans Science. En cause, leur grande dépendance aux facteurs climatiques, dont la température et le niveau de précipitations.

C’est le premier panorama mondial des vers de terres publié à ce jour: menée dans 6.928 sites dans 57 pays, l’étude, qui compte 140 signataires issus du monde entier, révèle que la richesse spécifique locale, à savoir le nombre d’espèces en un site donné, est plus élevée dans les régions tempérées que tropicales. Un phénomène diamétralement opposé de celui observé pour les espèces vivant au-dessus du sol, dont les plantes et les insectes, dont la diversité est plus grande sous les tropiques.

A contrario des espèces vivant à l’air libre

Parmi ces hotspots, les chercheurs évoquent l’Europe (particulièrement le nord de la mer Noire), le nord-est des Etats-Unis, le sud de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, ainsi que la pointe de l’Amérique du sud. Autant de régions où l’on peut compter jusqu’à quatre espèces en un même lieu, ainsi qu’une plus grande abondance d’individus.

A l’inverse, les régions tropicales, dont le Brésil, l’Inde, l’Indonésie présentent une plus faible abondance de vers de terre, mais aussi une moindre diversité locale. A l’inverse, la diversité régionale y est plus forte. En cause, un plus grand endémisme, avec de nombreuses espèces dont l’aire de répartition est plus restreinte que celles des régions tempérées.

Selon les chercheurs, ces différences seraient dues aux glaciations, qui n’ont touché que les régions tempérées. Lors de la fonte, ces dernières ont été colonisées par des espèces à plus grande capacité de dispersion et de plus grande aire géographique. Ce qui a favorisé une plus grande diversité locale, mais reposant sur de mêmes espèces très répandues. Contrairement aux tropiques, où les assemblages d’espèces sont plus variables.

Température et précipitations

L’équipe a par ailleurs étudié les facteurs à l’origine de la diversité locale et de l’abondance de vers de terre. Contre toute attente, les caractéristiques du sol jouent un rôle secondaire, tandis que le climat a un impact prédominant, en particulier la température et le niveau de précipitations. Ce qui, au vu du réchauffement en cours, les confronte à une menace jusqu’alors négligée.

«Le changement climatique pourrait altérer les communautés de vers de terre, et bouleverser les services écosystémiques qu’ils procurent. Etant donné leur rôle comme espèces ingénieurs des écosystèmes, cela pourrait avoir des effets en cascade sur d’autres organismes comme les micro-organismes, les insectes vivant dans le sol et les plantes», juge Nico Eisenhauer, dernier auteur de l’étude et chercheur au Centre allemand de recherche intégrative sur la biodiversité (iDIV, Leipzig), qui appelle à mieux tenir compte de cette biodiversité souterraine, aussi cruciale que méconnue.