Les «vaches en colère» contre un projet d’usine agricole dans la Somme

Le 03 janvier 2014 par Marine Jobert
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Les opposants manifesteront sous un masque de vache (en colère).
Les opposants manifesteront sous un masque de vache (en colère).
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C’est un projet d’une taille inédite en France: 1.000 vaches laitières, 750 génisses et une unité de méthanisation de 1,5 mégawatt. Le tout réparti sur 9 bâtiments, sis en Picardie maritime, sur les communes de Drucat-Le Plessiel et Buigny-Saint-Maclou (à 7 kilomètres d’Abbeville). Porté par Michel Ramery, un entrepreneur du BTP florissant de la région qui œuvre également dans les déchets, le projet fait tousser les syndicalistes agricoles, la Confédération paysanne en tête. Pour l’instant, la préfecture de la Somme n’a autorisé l’installation que pour 500 têtes, faute de capacités d’épandage suffisantes. Mais cela n’entame pas la détermination des opposants à cette «usine à vaches», qui organisent une semaine d’actions et de manifestation entre le 6 et le 11 janvier, à Paris et dans au moins 12 villes de France. Une chanson assez efficace de «La vache en colère» accompagne la mobilisation.

 

Premier temps fort: l’Assemblée nationale, pour interpeller les députés qui examineront en plénière la loi pour l'avenir de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt (LAAF). La Confédération paysanne a envoyé une lettre aux 577 parlementaires, pour leur rappeler les enjeux du monde agricole, «à une époque où 25% des exploitations agricoles disparaissent tous les 10 ans»: emploi, préservation des terres agricoles, savoir-faire paysans, environnement, biodiversité, qualité de l’alimentation, vitalité des territoires.

 

Le syndicat estime, dans le dossier des 1.000 vaches, que «des biais flagrants existent dans la maîtrise du foncier agricole français (…) qui ont permis à Michel Ramery d’acquérir plus de 1.150 hectares par l’intermédiaire de montages sociétaires, lui permettant d’exploiter, à terme, [cette ferme-usine] ». Concrètement, l’entrepreneur crée des sociétés civiles d'exploitation agricoles (SCEA) auxquelles les agriculteurs apportent soit leur titre de propriété foncière, soit leurs baux ruraux, avant d’en devenir l’actionnaire majoritaire par le jeu de rachat de parts. «Michel Ramery est ainsi gérant majoritaire d’une quinzaine de SCEA, sans être propriétaire, ni locataire d’aucune parcelle, détaille Pierre-Alain Prévost, coordinateur de la campagne «Envie de paysans» de la Confédération paysanne. Ce sont autant de terres rendues indisponibles pour l’installation de nouveaux paysans ou pour l’extension de petites ou moyennes exploitations. Sans compter que c’est passer au-dessus de la préemption que peuvent exercer les Safer[1]», explique-t-il au Journal de l’environnement.

 

Deuxième objectif: exprimer, devant les préfectures de Toulouse, Rennes, Perpignan, Dijon ou encore Lille, le refus de ce projet industriel, «mais plus largement [l’]opposition à l'intensification de l'élevage qui promet notamment aux animaux des conditions de vie encore pires», rappelle L214. L’association de protection du bien-être animal dénonce le modèle industriel «qui fait de la vie des animaux un enfer, tandis qu'il ruine également la vie d'êtres humains et leur environnement», via un modèle alimentaire «défendu par le gouvernement, qui encourage une forte consommation de produits d'origine animale, générateur d'injustices et de maladies».

 

Un autre front, juridique cette fois-ci, pourrait s’ouvrir sous les pieds de Michel Ramery: l’association locale Novissen («NOs Villages Se Soucient de leur ENvironnement» ou phonétiquement «Nos vies saines»), à l’origine de la mobilisation, a relevé que les travaux en cours dans la Somme ne respectaient pas les plans du permis de construire délivré pour l’implantation de l’usine. En tout, ce sont 460 m2 qui sont en train d'être construits en dehors de toute autorisation. Novissen vient de demander, en référé, l’arrêt des travaux. Et d’autres procédures sont sur le point d’être lancées. «Le gouvernement n’arrête pas de dire que ça n’est pas le modèle agricole qu’il veut: qu’il refuse à Michel Ramery son permis de construire modificatif, il en a la compétence», suggère Pierre-Alain Prévost. Le ministre de l’agriculture a toujours adopté une position pour le moins prudente sur ce dossier. Interrogé par France Info, Stéphane Le Foll renvoie sur Philippe Martin, compétent pour les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), en précisant: «Le problème de ce projet, ce n’est pas les 1.000 vaches; la question, c’est combien il y a d’agriculteurs derrière. Pour moi, ce sont les hommes qui comptent».

 



[1] Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural. Détentrices d'un droit de préemption sur la vente des terrains agricoles, elles visent principalement à préserver et à orienter l'agriculture en France selon des critères économiques ainsi que, depuis peu, environnementaux.

 

 



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