Les tribulations agricoles d’un Chinois en Berry

Le 08 avril 2016 par Marine Jobert
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Un champ de blé après la moisson.
Un champ de blé après la moisson.

Un groupe chinois a acquis plusieurs centaines d’hectares de terres à céréales dans le Berry. Une première, qui provoque stupeur et colère dans le monde agricole. Les Safer se plaignent de ne pas avoir les outils juridiques pour endiguer cet accaparement des terres ‘à l’envers’, qui concerne déjà des pans entiers du vignoble français.

«Acheter 1.700 ha de céréales en France sans aucun contrôle, c’est possible!». C’est par un cri indigné que débute le communiqué de la Fédération nationale des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer), qui dénonce l’achat de terres agricoles dans le Berry par un groupe chinois. Quelle est son activité dans l’Empire du Milieu? «Je n’en ai aucune idée», concède Emmanuel Hyest, le président de la FN Safer, contacté par Le journal de l’Environnement. Une rapide recherche sur internet sur la société Hongyang laisse penser qu’elle se consacrerait au commerce d’équipements pour stations-service. «Ce sont des sociétés qui ont réussi dans d’autres secteurs et cherchent à diversifier leurs activités», avance Emmanuel Hyest. 

Financiarisation de l’agriculture

Car un investisseur qui se toque de foncier agricole, ce n’est pas nouveau: le vignoble français en sait quelque chose, qui a vu châteaux et domaines changer de mains par dizaines en quelques années, sans que leurs nouveaux propriétaires y connaissent forcément quelque chose à la vigne et à l’œnologie. «En plus d’être le premier cas pour du foncier ‘pur’, cet exemple est frappant car il s’agit d’un groupe chinois. Mais cette financiarisation de l’agriculture est le fait d’autres nationalités, voire de Français», constate le président de la FN Safer. «Il ne faut plus parler d’agriculture: c’est une vitrine, avec la vache bien peignée derrière, estime Christian Berdot, chargé de ces questions pour l’association Les Amis de la Terre. Aujourd’hui on a affaire à des grands groupes industriels et financiers, qui ont des intérêts sur tous les continents. L’agriculteur est le maillon faible, qui subit toutes les pressions en amont et en aval.»

Préemption impossible

Comment une telle vente a t-elle pu échapper aux radars des Safer? La loi d’avenir pour l’agriculture avait pourtant étendu leur droit de regard aux cessions de parts agricoles. Sauf que le droit de préemption ne peut être mis en œuvre qu’en cas de cession totale des parts. «Il suffit d’en garder une pour qu’on ne puisse intervenir», regrette Emmanuel Hyest. Il faut une réflexion pour éviter que les propriétaires qui transmettent en direct soient soumis à un contrôle et que ceux qui passent par le biais de cessions de parts sociales y échappent.» Et d’évoquer la possibilité de séparer l’exploitation (matériel, cheptel…) du foncier, afin de permettre aux Safer d’agir sur le second. Un rapport sur la financiarisation du foncier est en cours de rédaction et sera remis prochainement au ministre de l’agriculture. «Quand on voit ce que prépare le Tafta [l'accord commercial transatlantique en cours de négociation entre l’Union européenne et les Etats-Unis, ndlr], les Safer vont avoir du travail pour protéger les petits exploitants agricoles locaux», pronostique Christian Berdot.

Autonomie alimentaire

«Si cela devait se répéter de façon importante, c’est notre autonomie alimentaire qui est en jeu, craint cet administrateur de la FNSEA. L’équivalent de la production de 35 M ha sont importés chaque année en Europe[1] Des chiffres battus en brèche par Les Amis de la Terre Europe. Dans leur rapport intitulé «Terres volées», l’association estimait en 2013 que l’Europe «importe l’équivalent de plus de 5 fois la superficie de la France, principalement de Chine et d’Inde.» Avec d’inévitables reports sur d’autres pays du Sud. Et vers l’Europe, désormais.

 

 

 

A Carhaix, ce sont trois usines de transformation de lait qui vont bientôt tourner sous étendard chinois, rapporte France 3. L’usine Synutra fabrique déjà de la poudre de lait infantile -600.000 tonnes attendues- qui prend le chemin de la Chine via le port de Brest. Une unité de lait UHT, et peut-être de fromages, devrait voir le jour en 2018. 700 emplois à terme devraient être créés, avec un investissement 400 millions d'euros, pour un chiffre d'affaire d'1,2 Md€. «Tout ce qui arrive là est assez extraordinaire pour nous», se réjouit le maire de Carhaix, Christian Troadec. Les producteurs de lait sont, eux, plus circonspects sur ces annonces au vu des volumes annoncés, note France 3.

 

 

 



[1] Le territoire métropolitain est de 65 millions d’hectares.

 



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