Les terres émergées, un puits de carbone en péril

Le 04 avril 2019 par Romain Loury
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Un verdissement qui éponge, en partie, le CO2
Un verdissement qui éponge, en partie, le CO2
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L’important puits de carbone que constituent les terres émergées de l’hémisphère nord s’est amplifié au cours des six dernières décennies, permettant d’atténuer en partie le réchauffement, montre une étude publiée mercredi 3 avril dans Nature. Du fait de la hausse des températures, il pourrait toutefois s’essouffler.

Si l’homme ne cesse d’émettre toujours plus de CO2, principal gaz à effet de serre, la planète parvient à en réabsorber environ la moitié, au niveau des océans (qui le payent en s’acidifiant) et des terres émergées, principalement grâce à leurs forêts. Les terres sont situées, pour deux tiers d’entre elles, dans l’hémisphère nord, tandis que le sud est à dominante océanique.

Dans leur étude publiée dans Nature, Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE, Gif-sur-Yvette), et ses collègues ont tenté d’en savoir plus sur le puits terrestre de l’hémisphère nord, dont il restait à montrer comment il avait réagi, au cours des dernières décennies, à la hausse continue des émissions humaines de CO2.

Un gradient plus faible qu’attendu

Pour cela, les chercheurs ont étudié la différence de teneur atmosphérique entre les deux hémisphères et son évolution au cours de la période 1958-2016, les comparant aux émissions de CO2 –qui se sont progressivement déplacées de l’hémisphère Nord à l’hémisphère Sud, croissance des pays émergents obligent.

Les auteurs montrent que ce gradient interhémisphérique est plus faible qu’anticipé, du fait d’une intensification du puits terrestre de l’hémisphère Nord. Stable au cours des décennies 1960 à 1980, il s’élève au cours de la décennie 1990 à raison de 0,5 milliard de tonnes de CO2 par an (GTCO2/an), puis des années 2000, de +0,6 GTCO2/an.

Pour Pep Canadell, co-auteur de l’étude et responsable du Global Carbon Project au sein du CSIRO australien[i], «les puits à CO2 constituent une remise de 50% sur le changement climatique. Sans eux, nous assisterions à une accumulation de CO2 deux fois plus rapide dans l’atmosphère, et un doublement des impacts du réchauffement».

Des puits bientôt bouchés?

S’ils freinent en partie le changement climatique, les puits pourraient bientôt présenter de premiers signes d’essoufflement. Notamment du fait de la hausse de température: en se réchauffant, les océans, qui capturent environ 22% des émissions humaines de CO2, devraient devenir moins aptes à absorber du CO2.

Quant aux terres, qui absorbent 29% des émissions, leur capacité de puits devrait aussi marquer le pas. Du fait des sécheresses, la végétation, qui s’accroît du fait de la hausse de la teneur atmosphérique en CO2, pourrait être plus sujette aux incendies. Et l’agriculture, qui croît au détriment des forêts, stocke le carbone moins longtemps que ces derniers.



[i] Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation. Le CSIRO est le principal organisme australien de recherche publique.

 



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