Les terres arctiques, désormais source de GES

Le 21 octobre 2019 par Romain Loury
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Le permafrost, riche en carbone gelé
Le permafrost, riche en carbone gelé

Les régions arctiques émettent désormais plus de carbone dans l’atmosphère en hiver, en raison de la fonte du permafrost, qu’elles n’en absorbent en été via la croissance végétale, révèle une étude publiée lundi 21 octobre dans Nature Climate Change.

 

C’est l’une des grandes craintes, mais aussi l’une des grandes inconnues, du réchauffement en cours: augmentant la température du permafrost, sol gelé des régions polaires et d’altitude, celui-ci libère du carbone emprisonné depuis des millénaires, sous forme de CO2 ou de méthane. Ce qui renforcerait le réchauffement, selon une boucle de rétroaction positive, dont l’ampleur fait encore l’objet de controverses.

Plus que les USA

Publiée lundi dans Nature Climate Change, l’étude de Susan Natali, climatologue au centre de recherche Woods Hole de Falmouth (Massachusetts), et ses collègues révèle que le phénomène est déjà bien avancé, y compris lors des hivers extrêmes régnant dans ces régions. Compilant des relevés d’émissions de CO2 de plus de 100 sites, les chercheurs estiment que le permafrost arctique dégage chaque hiver 1,662 milliard de tonnes de carbone (GtC) sous forme de CO2, soit 6,1 Gt de CO2, plus qu’une année d’émission américaine.

Or ce chiffre est bien supérieur à l’absorption de carbone par ces régions au cours de la période estivale, principalement du fait de la croissance végétale, qui s’élève à 1,032 GtC par an. Selon les chercheurs, les terres arctiques dégageraient ainsi 0,646 GtC par an sous forme de CO2. Et ce sans compter le méthane (au pouvoir de réchauffement 28 fois supérieur à celui du gaz carbonique), également émis par le permafrost.

Forte croissance annoncée

Selon les calculs des chercheurs, ces émissions hivernales devraient s’accroître au cours du siècle, de +17% sous un scénario climatique RCP4.5 et de 42% sous un scénario RCP8.5[i]. L’équipe n’a en revanche pas établi de prévisions de bilan net au long de l’année, en raison des incertitudes qui planent sur la croissance végétale: celle-ci devrait en effet s’accroître du fait du réchauffement et de la hausse de CO2 –et donc compenser, en partie, cette hausse.



[i]Les RCP 4.5, qui correspondent à un réchauffement intermédiaire, prévoient une hausse moyenne de la température mondiale de 1,4°C d’ici à 2050 par rapport à 1986-2005, contre +2°C pour les RCP 8.5, les plus pessimistes du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).