Les terrains militaires, arches de biodiversité

Le 30 juin 2016 par Marine Jobert
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Les merveilles de Canjuers.
Les merveilles de Canjuers.
Michel Royon

L’armée possède des terrains d’exercice épargnés depuis 150 ans par l’agriculture et l’urbanisation. Une biodiversité riche et variée s’y est développée, qui vient de faire l’objet d’un séminaire.

Des pelouses sèches, des landes et des étangs… Préservés de l’urbanisation et de l’agriculture intensive depuis la fin du XIXe siècle, façonnés par les manoeuvres, les quelque 200.000 hectares de terrains militaires que compte la France sont devenus des réservoirs de biodiversité méconnus. Un séminaire, articulé autour du projet ‘Life Défense Nature 2mil’ (voir encadré), s’est tenu du 28 au 30 juin à Nîmes sous l’égide du ministère de la défense et du Conservatoire d’espaces naturels (CEN) Rhône-Alpes. Objectif: réfléchir autour de la conciliation entre la préservation de la biodiversité sur les camps militaires et les impératifs opérationnels d’entraînement des forces, à travers les retours d’expériences nationales, européennes et internationales.

Le projet ‘Life Défense Nature 2mil’ vise à instaurer une gestion des camps militaires conciliant la protection de la faune et de la flore avec leur vocation opérationnelle (entraînement au tir, combat, etc.). Débuté le 1er octobre 2012, il prendra fin le 30 septembre 2016. Budget: 2.128.061 euros (Union européenne: 50% ministère de la défense: 40%; Dreal[1] Corse: 5%; Dreal Languedoc-Roussillon: 4%; autofinancement: 1%).

Terrains pauvres

Depuis les 35.000 ha du camp de Canjuers jusqu’aux 4.000 m2 des abords d’un sémaphore côtier, ces zones n’ont pas subi la main de l’homme ‘moderne’. Pas d’urbanisation, «et donc pas de fragmentation des habitats», précise Perrine Paris-Sidibé, coordinatrice du projet Life au CEN Rhône-Alpes. «A proximité du camp militaire de La Valbonne (Ain), le captage d’eau potable le moins pollué est alimenté par le bassin versant sur lequel est situé le camp.» En outre, les activités militaires –feux, tirs, engins- créent de nouveaux lieux, dans lesquels des espèces pionnières vont se développer. «La biodiversité est bien plus importante sur les terrains militaires que sur les terrains civils», assure même Perrine Paris-Sidibé. Enfin, la biodiversité qui se développe sur ces terrains ‘pauvres’, qui n’ont subi aucun enrichissement artificiel, est «très riche. On trouve même des habitats ou des espèces rélictuels», détaille la jeune femme. La dernière colonie française de goélands d’Audouin a ainsi pris ses quartiers sur la digue de protection de la base navale d’Aspretto (Corse-du-Sud). Et ils y sont bichonnés puisque, grâce au projet Life Défense Nature 2mil, la digue qui leur servait d’aire de reproduction a été restaurée suite à une tempête et les curieux tenus à distance par une grille pendant leur nidification.

Les milieux se ferment

Depuis la fin de la conscription et l’instauration de l’armée de métier, dans un contexte de restrictions budgétaires, la Défense a vu son patrimoine foncier rogné de près de 30%. Elle reste cependant le premier utilisateur du foncier de l’Etat et l’armée de terre la première bénéficiaire, mais ses activités «sont désormais concentrées sur un nombre plus restreint de sites», précise Serge Payan, chef de la section Stationnement à l’état-major de soutien Défense de Lyon. Et dans ces espaces, dont la plus grande part sert à sécuriser les exercices sur le terrain, les arbres poussent et les milieux se ferment. «La disparition de ces prairies et de ces pelouses ouvertes et entretenues par les activités militaires va être dommageable pour le territoire de chasse de certaines espèces», explique Perrine Paris-Sibidé.

Des dispositions introduites dans le projet de loi sur la reconquête de la biodiversité pourraient bientôt permettre, tant pour le domaine privé que public de l’Etat, de faciliter la cession de terrains militaires à caractère environnemental à des organismes comme les conservatoires d’espèces naturelles.

Risque pyrotechnique

«On n’a pas peur de laisser entrer des associations de protection de la nature sur nos terrains, assure Serge Payen. L’armée est à l’image de la société, qui a basculé vers la prise en compte de l’environnement et de la biodiversité.» Les associations, elles, ont dû composer avec un terrain parfois hostile. «Il existe un vrai risque pour les personnels, confirme Perrine Paris-Sibidé. Nous avons changé nos techniques de suivi pour éviter tout problème, notamment pyrotechnique.» Mais ces zones restent attrayantes pour des naturalistes: 18% sont classées en zone Natura 2000. Un chiffre minoré, selon Perrine Paris-Sibidé: «Quand on est autorisé à faire des inventaires poussés sur ces terrains parfois difficiles d’accès, on trouve bien plus d’espèces et d’habitats d’intérêt communautaire.»

 

 



[1] Dreal: Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement

 



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