Les sucres ajoutés empoisonnent la souris à petit feu

Le 28 août 2013 par Romain Loury
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Le taux de reproduction des souris qui consomment des sucres ajoutés chute de 25%.
Le taux de reproduction des souris qui consomment des sucres ajoutés chute de 25%.

Les sucres ajoutés présentent une toxicité pour la souris, notamment en termes de reproduction et de mortalité, et ce à des niveaux de consommation courants chez l’homme, révèle une étude américaine publiée dans la revue Nature Communications.

Selon ces travaux, nul besoin de devenir obèse ou diabétique pour ressentir les effets délétères des sucres ajoutés: le régime étudié par l’équipe de Wayne Potts, de l’University of Utah à Salt Lake City, consistait en l’équivalent humain de trois cannettes de soda par jour, en sus d’une alimentation équilibrée. Soit 25% de l’apport calorique quotidien provenant de sucres ajoutés, niveau jugé sans excès par les autorités sanitaires.

A première vue, les souris ne présentaient que de faibles différences par rapport aux souris-contrôles (régime équilibré sans sucres ajoutés): pas plus d’obésité, juste quelques altérations mineures au niveau du métabolisme du glucose et du cholestérol. Et pourtant, les souris, mâles comme femelles, semblaient bien pâtir d’un excès de sucre, aussi bien en termes de survie que de comportement.

Les chercheurs ont recouru à une nouvelle méthode, l’Organismal Performance Assay (OPA), technique d’évaluation comportementale jugée plus sensible que les méthodes classiques: censée reproduire un milieu plus proche de l’habitat naturel que la cage de laboratoire, la pièce d’expérimentation est divisée en plusieurs compartiments, chacun consistant en un territoire indépendant doté d’une source d’alimentation et d’une litière. En outre, les souris utilisées ne sont pas d’une souche généralement utilisée en laboratoire, mais descendent directement de souris sauvages, au tempérament plus ‘trempé’.

Si les rongeurs peuvent aisément circuler d’un compartiment à l’autre, seuls les plus compétitifs, donc dominants, parviennent à s’approprier l’un de ces territoires au détriment de leurs congénères. Les chercheurs sont parvenus à visualiser les déplacements de chaque souris grâce à une puce implantée sous la peau, détectée grâce à des lecteurs situés près des mangeoires.

Chez les mâles nourris aux sucres ajoutés pendant leurs 26 premières semaines de vie, le taux de contrôle d’un territoire donné était 26% plus faible que chez les mâles-contrôles, tandis que leur taux de reproduction se trouvait réduit de 25%. Aucune différence comportementale apparente chez les femelles, mais celles nourries aux sucres ajoutés présentaient un taux de mortalité accru de 97%.

Cette étude est la première à recourir à la technique OPA dans l’évaluation d’une exposition environnementale, en l’occurrence les sucres ajoutés. Selon les chercheurs, rien n’empêche de l’utiliser pour d’autres produits, notamment les polluants chimiques de notre environnement.

«Jusqu’à maintenant, nous avons manqué d’un test [aussi sensible que celui-ci] pour tester ces substances potentiellement toxiques», dont celles qui contaminent notre alimentation, constate Wayne Potts dans un communiqué de l’University of Utah. Ce qui, selon lui, expliquerait aussi pourquoi 73% des médicaments testés avec succès chez l’animal échouent lors des essais cliniques chez l’homme.



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