Les substituts de l'amiante sont-ils dangereux?

Le 29 novembre 2004 par Christine Sévillano
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laine de verre2
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Les fibres minérales artificielles silicieuses ont constitué le matériau le plus efficace pour remplacer l'amiante surtout dans l'aéronautique ou le BTP. Pourtant la France veut interdire deux types de fibres. Pour les laines minérales et de roche, les doutes persistent.

Le décret du 24 décembre 1996 a scellé le sort de l'amiante et des produits qui en contiennent. Depuis cette date, il est interdit d'en importer et d'en commercialiser. Mais quelles parades les industriels ont-ils trouvé pour le remplacer? Les fibres minérales artificielles silicieuses ont été la plupart du temps la solution de substitution à l'amiante. Pourtant certaines semblent aussi dangereuses pour la santé des travailleurs que l'amiante. Aujourd'hui experts, chercheurs et même politiques s'interrogent sur les risques de ces nouveaux matériaux pour la santé des salariés qui les manipulent, non seulement dans le BTP, mais aussi dans la sidérurgie et l'aéronautique.

Serge Lepeltier, le ministre de l'Ecologie et du développement durable (MEDD), a d'ailleurs demandé des études à l'Agence de sécurité sanitaire environnementale (Afsse) sur les risques de ces fibres pour les travailleurs mais aussi sur la population. La France a proposé à l'Union européenne l'interdiction de mise sur le marché des produits concernant deux types de fibres, les fibres céramiques réfractaires et les microfibres de verre de type E. Elles sont les deux plus dangereuses des quatre types de fibres minérales artificielles silicieuses. A côté des fibres céramiques et des microfibres en verre, on trouve les flocages en laine et les filaments continus de verre mais dont le diamètre est supérieur à six microns. Ce dernière type de fibre n'est donc pas dangereux car il ne peut s'infiltrer dans les poumons.

Les fibres céramiques réfractaires présentent des risques pour les poumons. Employées pour résister à de hautes températures, elles sont utilisées en isolation thermique dans les fours de fonderie, les fours en céramiques ou les chaudières à usage industriel. Autres utilisations plus générales: les pots catalytiques et même des fours individuels au début des années 1990. "Mais la fabrication de fours pour particuliers n'a pas duré longtemps. Les fibres céramiques ont été classées en catégorie deux des substances cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR). Des mésothéliomes ont été constatés sur les animaux, mais les études épidémiologiques n'ont pas mis en évidence un impact sur les hommes", explique Michèle Guimon, chef de projet amiante et fibres de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Même constat sur les risques générés par les microfibres de verre, utilisés notamment pour les filtres industriels à haute efficacité qui retiennent les plus petites particules. Les microfibres sont également utilisés par l'aéronautique et l'aérospatiale pour l'isolation des carlingues.

Pour les laines, utilisées notamment par le BTP, les risques sanitaires sont encore méconnus. Pour remplacer l'amiante-ciment qui permettait de réaliser les canalisations, les cloisons, les éléments de toiture, les gaines, les plaques, les tuyaux et autres vêtures et qui correspondait à 90% de l'amiante consommé, le secteur de la construction a dû choisir les fibres. Il s'est tourné vers les fibres de cellulose ou l'alcool polyvinyl pour l'isolation, mais pas seulement. "La cellulose, fibre naturelle, n'est pas sans risque selon nos premières études, mais elle n'est pas aussi dangereuse que l'amiante ou les fibres minérales artificielles silicieuses", explique Michèle Guimon. En fait, c'est davantage les flocages en laine minérale ou de roche qui posent problème. Ces flocages isolent par exemple les plafonds contre les incendies. Leur effet irritant est bien connu, mais leurs propriétés cancérigènes ont fait l'objet d'études trop controversées pour que les scientifiques puissent prendre une position tranchée. Les laines ne sont pas aujourd'hui classées au niveau européen dans les substances cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction si elles sont solubles dans l'environnement biologique. Mais si elle ont des propriétés biopersistantes, alors elles sont indiquées en catégorie trois de la classification CMR, c'est-à-dire que des effets in-vitro ont été constatés mais que les chercheurs ne parviennent pas à conclure sur le degré de dangerosité. En somme, le doute persiste aussi sur les laines.




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