Les stations d’épuration gênées par la radioactivité

Le 06 décembre 2005 par Christine Sévillano
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La médecine nucléaire a fait naître une nouvelle contrainte pour les stations d’épuration: si la radioactivité rejetée dans les eaux usées se retrouve trop concentrée dans les boues, les filières d’élimination les refusent.

Depuis 1999, les stations d’épuration doivent gérer un nouveau problème comme cela a été mis en évidence lors d’une conférence de l’Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) sur la qualité de l’eau au Salon Pollutec: les eaux usées chargées en radioactivité. Un phénomène apparu avec le développement de services de médecine nucléaire dans les établissements de santé. En effet, l’iode prescrit aux patients est ensuite éliminée et évacuée par les urines, les selles, la salive ou la sueur, et se retrouve donc dans le réseau des eaux usées avant d’atteindre la station d’épuration. «Certains patients reçoivent entre 10 et 100 fois le rejet annuel d’une centrale. Les études ont toutefois montré que l’impact sur la santé est négligeable, c’est surtout l’environnement qui peut être touché», explique Christophe Debayle, de la direction de l'environnement et de l'intervention à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).
Si la station n’est pas équipée pour cela, les eaux une fois épurées sont envoyées vers la rivière avec la radioactivité. «Mais ce n’est pas là le principal problème, car elle va rapidement disparaître. Cependant la production de boues implique une reconcentration de la matière et donc des éléments radioactifs», affirme l'ingénieur. Et si les quantités sont importantes, les boues éliminées dans un centre d’enfouissement ou un incinérateur seront refusées suite au signalement donné par les portiques de sécurité, et renvoyées à la station d’épuration qui doit alors faire face à un problème de stockage sur le site.
Une réglementation oblige tout de même les hôpitaux à stocker les urines de leurs patients, mais pas les selles, car cela entraînerait un risque de contamination de l’ensemble de l’hôpital. L'IRSN, dans le cadre de ses prestations commerciales (1), propose une évaluation de l'impact avec la détermination de ces matières radioactives, l'identification de leurs origines et le calcul des flux de radioactivité. Il dispose aussi d'un système d'alerte et de détection in situ et peut procéder à une enquête complémentaire sur les pratiques des hôpitaux. «Par exemple, une alerte nous a permis récemment de prévenir un exploitant de la présence de flux radioactifs importants, libérés alors qu'un bouchon résiduel de radioactivité s'était accumulé dans les canalisations de l'hôpital de la ville suite à des opérations de maintenance», poursuit Christophe Debayle.
Toutes les stations sont potentiellement concernées, même celles qui ne gèrent pas forcément les eaux usées des hôpitaux, puisque le patient, après son traitement et une fois rentré chez lui, est encore susceptible de rejeter des effluents radioactifs, bien que dans des proportions moindres. Autre difficulté: les portiques ne sont pas tous réglés au même seuil de radioactivité. «Il n'existe pas de seuil, sinon il ne serait pas aussi élevé et ne provoquerait pas de refus. N'oubliez pas que l'iode disparaît rapidement», assure l'ingénieur. Il perd en effet la moitié de sa masse chaque jour pour créer du xénon qui est un gaz naturel. «Il manque une réglementation: il faudrait que les stations s'équipent de bassins temporaires pour stocker les boues chargées en radioactivité en attendant la décroissance, et ce dans le cadre d'une convention entre les exploitants et les établissements de santé», conclut Christophe Debayle. Non seulement pour déterminer les responsabilités de chacun, mais également pour se mettre d'accord sur une compensation que les hôpitaux et les cliniques verseraient aux stations d'épuration.

(1)L’IRSN est un établissement public à caractère industriel et commercial.


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