Les solvants organiques augmentent les cancers du sein… chez l’homme

Le 04 décembre 2013 par Marine Jobert
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1% des malades du cancer du sein sont des hommes.
1% des malades du cancer du sein sont des hommes.
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Ils n’ont pas de risques hormonaux et reproductifs reconnus pour ce cancer, et pourtant les hommes développent 1% des cancers du sein. A l’échelle de la France, cela représente environ 500 nouveaux cas par an[1], quand 53.000 nouveaux cas se déclarent chez la femme. En constatant que l’incidence des cancers du sein dans les pays émergents où les taux étaient traditionnellement bas, augmentait avec leur industrialisation, Pascal Guénel et Sara Villeneuve, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), se sont demandé quel était le rôle des expositions professionnelles dans la survenance des cancers du sein chez l’homme, notamment quand ils sont exposés à des solvants pétroliers et chlorés. Leur travail vient d’être publié par l’Institut national de veille sanitaire (InVs).

 

Professions et expositions à risque

Les deux chercheurs ont donc suivi la piste des expositions dites environnementales. Du fait de sa rareté, le cancer du sein chez l’homme a fait l’objet d’un petit nombre d’études épidémiologiques. Le recrutement de la cohorte étudiée s’est fait en Allemagne, au Danemark, en Espagne, en France, en Italie, en Lettonie et en Suède. Au final, 104 hommes touchés par un cancer du sein diagnostiqué entre 1995 et 1997 et âgés de 35 à 70 ans au moment du diagnostic, ont été recrutés. Leurs données ont été comparées à des cas-témoins. Objectif: décrire le risque de cancer du sein en fonction des professions exercées et des secteurs d’activité, afin de repérer d’éventuelles professions à risque et de générer des hypothèses sur le rôle des expositions professionnelles spécifiques dans la cancérogénèse. Le risque de cancer du sein a ensuite été étudié en fonction de l’exposition à des solvants pétroliers[2] et chlorés[3]. Les expositions ont été évaluées en fonction de la probabilité, de la fréquence et de l’intensité auxquelles les travailleurs étaient exposés à ces composés.

 

Mécaniciens et peintres

Il apparaît que les mécaniciens de véhicules à moteur et les peintres ont un risque plus élevé de développer un cancer du sein que la population générale, tout comme les ouvriers de la première préparation du bois et de la fabrication du papier. Ce risque est même multiplié par 5 pour les mécaniciens de véhicules à moteur ayant travaillé au moins 10 ans dans cet emploi. «Des augmentations significatives du risque de cancer du sein chez l’homme sont également observés chez les hommes ayant travaillé au moins 10 ans comme plombiers, tuyauteurs ou comme manœuvres», précise l’étude. Les employés des secteurs de la sylviculture et de l’exploitation forestière, le commerce et la réparation automobile présentent également «des risques accrus», surtout lorsqu’ils ont dépassé 10 ans d’activité.

 

Benzène et trichloréthylène en cause

Le benzène et le trichloréthylène semblent occuper un rôle prépondérant dans le déclenchement de la pathologie. Ces résultats semblent cohérents aux deux chercheurs. «Le carburant et les produits de combustion automobile contiennent des carcinogènes mammaires suspectés comme le benzène ou les hydrocarbures polycycliques aromatiques (HPA) pouvant expliquer les associations observées dans ces professions (…). Un peintre en bâtiment est régulièrement exposé aux vernis, laques, solvants, émanations de peintures. L’association observée suggère de nouveau un possible effet carcinogène des solvants (benzène, white spirit), ou des additifs de peintures», écrivent-ils. Même constat pour les employés dans le secteur de la sylviculture et de l’exploitation forestière, potentiellement fortement exposés aux composés organiques volatiles du bois, suspectés d’être des cancérigènes du fait de leurs propriétés de perturbateurs endocriniens.

 

Ce travail, espèrent les chercheurs, pourrait servir à élaborer un système de surveillance systématique de groupes professionnels ayant des risques accrus de cancer. «Un tel outil pourrait apporter des éléments de réponse aux inquiétudes régulièrement suscitées par les observations de clusters [concentrations] de cancer du sein en entreprise.»

 

 



[1] Chez l’homme, le type le plus fréquent est de loin le carcinome canalaire infiltrant.

[2] Le benzène; les essences spéciales et autres coupes pétrolières non ou faiblement aromatiques; l’essence carburant; les white spirits et autres coupes aromatiques légères; le groupe kérosène, gazole et fioul.

[3] le trichloréthylène (TCE); le perchloréthylène (PCE); le chlorure de méthylène; le chloroforme; le tétrachlorure de carbone.

 

 



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