Les «smileys» ne font pas sourire les restaurateurs

Le 10 septembre 2014 par Romain Loury
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A New York, un système de lettres
A New York, un système de lettres
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Bientôt des «smileys» de couleur à l’entrée des restaurants? Actuellement à l’étude, ce projet qui vise à rendre publics les résultats des contrôles sanitaires est loin de ravir les syndicats.

Soumise à l’approbation définitive de l’Assemblée nationale ce jeudi, la future loi d’avenir pour l’agriculture prévoit l’accès des consommateurs aux résultats des contrôles sanitaires. Reste à savoir comment, la question étant actuellement à l’étude à la Direction générale de l’alimentation (DGAL).

Parmi les pistes envisagées, celle d’un «smiley» (figure souriante) de couleur verte, orange ou rouge selon les résultats du contrôle, à afficher à l’entrée de l’établissement. New York, Shanghai et le Danemark y recourent déjà. La Belgique s’apprête à faire plus fort, en lançant en 2015 un site internet rassemblant tous les rapports d’inspection sanitaire des restaurants (voir le JDSA).

L'annonce, faite lundi 8 septembre devant la presse par le directeur général de l’alimentation, Patrick Dehaumont, a aussitôt été tempérée par le ministère. Dans un communiqué publié quelques heures plus tard, il affirme que rien ne sera décidé sans «une large concertation» avec les professionnels concernés. Il faut dire que le sujet est sensible, l’idée de «smileys» n’ayant pas l’air de ravir les syndicats.

Contacté par le JDSA, Robert Touchet, président de la branche restauration de la Confédération des professionnels indépendants de l’hôtellerie (CPIH), se montre «assez dubitatif». «On va uniquement montrer les mauvais [établissements]: s’il y en a, il faut les sanctionner» ou «leur donner les moyens de se mettre en règle», juge-t-il.

«Je veux bien d’une réglementation stricte pour rassurer le consommateur, mais alors il faut le faire à tous les échelons», notamment ceux de la distribution et de la production des ingrédients ou des plats préparés, ajoute Robert Touchet.

«Un sacré aiguillon», selon l’UFC-Que Choisir

Chargé de mission alimentation à l’UFC-Que Choisir, Olivier Andrault juge au contraire que «sur le principe, c’est une bonne idée», y voyant «un sacré aiguillon» pour les restaurateurs. «Actuellement, le consommateur n’a aucune idée des résultats des contrôles sanitaires, et les obligations de formation d’au moins une personne [au sein du personnel d’un établissement] sont assez légères», poursuit-il.

Parmi ses réserves, la faible fréquence des contrôles sanitaires, due à la fonte des effectifs d’inspecteurs, ce qui pourrait compromettre la fiabilité un tel label. Autre bémol, le turn-over élevé des restaurants en ville: de nombreux «smileys» pourraient ainsi n’être valables que peu de temps, avant que de nouveaux restaurants s’implantent, en l’attente d’une inspection.

Autre sujet qui agite le monde de la restauration, celui de l’information du consommateur sur la présence d’allergènes dans les plats. Un décret à ce sujet est en cours de finalisation, en application du règlement européen «Inco» [1] qui entrera en vigueur le 13 décembre, a rappelé lundi la secrétaire d’Etat chargée du commerce, de l’artisanat et de la consommation, Carole Delga.

Dans un premier temps, il était question d’apposer l’information directement sur le menu, une possibilité contre laquelle la profession s’était érigée. Le gouvernement a finalement cédé, optant pour «un document écrit sur la présence d’allergènes dans les plats [que le restaurateur] propose», ainsi qu’une information orale au consommateur. «Un bon compromis», selon Robert Touchet de la CPIH.

[1] Règlement n°1169/2011 relatif à l’information du consommateur sur les denrées alimentaires.



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