Les sites non reconnus comme amiantés

Le 12 janvier 2005 par Christine Sévillano
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Depuis trois ans, les syndicats demandent le classement en site amianté des usines de Vénissieux et de Saint-Priest (Rhône) appartenant à Renault Trucks et du site d'Iris bus (filiale de Renault et Fiat) situé à Annonay (Ardèche). Le gouvernement ne leur a pas donné raison. Et pour cause: d'après le ministère du Travail, il ne s'agit pas d'usines de production d'amiante, les employés ont manipulé des pièces en amiante.

La demande des syndicats de Renault Trucks (ex-RVI) de classer des unités de production du constructeur, situées en Rhône-Alpes, en sites amiantés a été refusée par le gouvernement. La décision a été prise mi-décembre. L'affaire n'est pas encore classée puisque les organisations syndicales vont désormais saisir le Conseil d'Etat quand ils auront reçu la notification du rejet de la demande. Elles ne comprennent pas ce refus alors que la Direction régionale du travail et de l'emploi a émis deux avis favorable après une enquête et une contre-enquête. La raison invoquée par les autorités est réglementaire: seuls les établissements de fabrication de matériaux contenant de l'amiante, des entreprises de flocage et de calorifugeage à l'amiante ou de construction et de réparations navales rentrent dans le champ d'application de la loi. Un aspect sur lequel Renault Trucks a d'ailleurs insisté: «Nous ne fabriquons pas d'amiante, nos salariés ont seulement manipulé des pièces et des produits qui ont contenu de l'amiante comme les garnitures de freinage», explique Jean-Pierre Clerc, chef du département santé et sécurité au travail chez Renault Trucks.

Le classement en site amianté permet aux salariés de plus de 50 ans de bénéficier d'une retraite anticipée, et ce, qu'ils aient été exposés ou non à l'amiante. «Dans une PME, l'argument a du poids, mais dans établissement de 70 hectares comme celui que nous avons à Vénissieux, nous sommes certains que la majorité du personnel n'a pas été en contact avec la fibre. Notre usine aurait été en péril si le classement en site amianté avait été accepté», poursuit le responsable. Surtout si le personnel, comme les fondeurs, ayant des compétences pointues qui requierent 18 à 24 mois de formation, partait. Sur ce seul site, ce sont en effet 1.200 personnes qui ont l'âge de prétendre à ce droit à la pré-retraite sur 3.000 employés. Pour les syndicats, il s'agit d'un faux argument: «Les nombreux intérimaires pourraient être passés en contrat à durée indéterminée (CDI). Et ce n'est pas notre problème si la loi a été mal faite et que ce droit est donné à l'ensemble des salariés par ce classement, même ceux qui n'ont pas été exposés. Il ne faudrait pas que l'arbre cache la forêt car les employés des sites concernés qui n'ont pas été exposés à l'amiante sont minoritaires», s'insurge Robert Piertrzak, délégué syndical de la CGT.

La demande des syndicats se base sur la condamnation en septembre 2004 de l'entreprise par le tribunal des affaires sociales de Lyon pour faute inexcusable face à un ouvrier décédé en 2000 d'une maladie pulmonaire liée à l'amiante. «Nous avons fait appel de ce jugement. Dans cette affaire, on nous reproche d'avoir mis à disposition de cet employé des gants en amiante. En fonderie, rappelons que cela permettait de lutter contre la chaleur. Mais c'était dans les années 1960! Il y a aussi une responsabilité des pouvoirs publics: ils savaient mais ils ont laissé les entreprises s'équiper de produits en amiante», rappelle Jean-Pierre Clerc. Il estime actuellement à une vingtaine le nombre de salariés de Renault Trucks touchés par une maladie professionnelle liée à l'amiante sur 15 à 20.000 personnes passées dans l'entreprise ces dernières années.

Renault Trucks a utilisé l'amiante pendant 15 ans notamment dans les garnitures de frein et les écrans isolants posés entre le moteur et le tableau de bord des camions afin d'éviter que la chaleur ne remonte vers le conducteur. L'amiante était aussi utilisée sous forme de tresses qui protégeaient les bords du pot d'échappement. Mais les risques étaient davantage dans les manipulations comme le découpage qui émettait des poussières. «Les garnitures de frein neuves ne présentaient que peu de risques. Ce sont surtout les garagistes qui manipulent des véhicules d'occasion qui sont exposés aujourd'hui», estime Jean-Pierre Clerc. L'entreprise affirme avoir éradiqué l'amiante de ses usines à partir de 1977 au moment où les experts médicaux se faisaient plus pressants. Des moyens de substitution comme les fibres de verre ou l'alumine ont été trouvés malgré des inconvénients comme une usure des freins plus rapide. «Ces matériaux, tout comme l'ensemble de nos produits chimiques, restent toutefois sous surveillance et impliquent pour nos employés le port d'équipements de protection individuelle comme des masques à haute capacité de filtration», affirme le chef du département santé et sécurité. Les syndicats ne sont pas de cet avis. Ils affirment que des contacts avec l'amiante été possible jusqu'aux années 2000. «Nous avons retrouvé de l'amiante au pied d'un appareil de chauffage des ateliers dont les joints étaient conçus dans cette fibre mortelle. Et puis où est le progrès quand des machines qui contenaient des pièces en amiante sont envoyés en Turquie? Les Turcs sont-ils plus résistants à cette fibre que nous?», interroge Robert Piertrzak. Les syndicats ont décidé de se battre jusqu'au bout et devraient multiplier les poursuites judiciaires.




A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus