Les services écosystémiques agricoles, selon l'Inra

Le 25 octobre 2017 par Marine Jobert
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Les services écosystémiques des grandes cultures à la loupe.
Les services écosystémiques des grandes cultures à la loupe.
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Analyser les écosystèmes agricoles pour concevoir des systèmes de production reposant sur la valorisation de ces services, c’est-à-dire peu consommateurs d’intrants et répondant aux enjeux de société tels que la conservation de la biodiversité ou la limitation des impacts environnementaux. Voilà tout l’enjeu d’une étude menée sur les grandes cultures et présentée, ce 24 octobre, par l’Institut national pour la recherche agronomique (Inra). Régulation du climat, atténuation des gaz à effet de serre (GES), stockage du carbone, pollinisation des espèces cultivées ou fourniture d’azote minéral aux cultures… 14 services écosystémiques, rendus tant aux agriculteurs que pour le public, ont été évalués. Entretien avec Olivier Thérond, co-auteur de cette étude, de la délégation à l'expertise scientifique collective, à la prospective et aux études de l'Inra.

JDLE - A qui s’adresse ce travail?

Olivier Thérond - La réponse n’est pas simple. Ce n’est pas l’Inra qui s’occupe directement de la transmission de ces connaissances vers ‘la société’, mais il y aura des présentations sur demande, aussi bien dans des arènes publiques et citoyennes (avec des associations de protection de la nature) qu’agricoles ou scientifiques. Les questions posées portent sur la définition de l’écosystème agricole et la manière dont il fonctionne, pour obtenir une production moins dépendante des intrants exogènes: en augmentant la part liée aux processus d’azote, comme la fourniture d’azote, la restitution d’eau, le contrôle biologique ou la pollinisation, ou même des processus de structuration du sol. Il y aurait en France, en moyenne, 50% du rendement agricole qui peut être produit sur la base des fournitures en azote et des restitutions en eau de l’écosystème agricole. Ce qui veut dire que l’autre moitié est liée aux apports de fertilisants, voire d’eau d’irrigation.

JDLE - Sachant que vous avez raisonné sur un ‘worst case scenario’, puisque vous vous êtes intéressés uniquement aux grandes cultures, et pas du tout à l’agriculture biologique, agro-écologique ou de conservation…

Olivier Thérond - Je préfère parler d’agriculture conventionnelle… On est focalisé ici sur les systèmes dominants, avec une diversité de cultures assez faible et un niveau d’intrants assez élevé. Un travail sur des systèmes alternatifs nécessiterait une étude complémentaire, pour évaluer les liens entre les services écosystémiques et la production agricole. Notre travail actuel laisse entendre que l’agriculture pourrait être fortement basée -avec déjà 50%, ce n’est pas négligeable- sur les processus écologiques. Cela pourrait être amplifié en réduisant les intrants selon deux grandes logiques: optimisation des apports relativement à ce que l’écosystème peut fournir et amélioration des capacités de l’écosystème à fournir des services permettant la production autonome (par exemple en augmentant le taux de matière organique des sols, donc leur fertilité).

Les écosystèmes agricoles sont l’un des six volets de l’Evaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques (EFESE), programme lancé en 2012 par le Ministère en charge de l’environnement pour apporter des connaissances sur l’état actuel et l’utilisation durable des écosystèmes.

JDLE – Quels autres services écosystémiques avez-vous étudiés?

Olivier Thérond –Nous avons également regardé les sols et la capacité des écosystèmes à stocker le carbone et à en conserver les stocks. Cela reste une approche classique, sauf qu’on ne fait pas un bilan net de GES (par exemple on ne prend pas en compte les effets des fertilisants azotés), et qu’on se penche sur la capacité des micro-organismes du sol à transformer des GES en gaz qui n’ont pas d’effet réchauffant. Nous avons fait des évaluations quantitatives en termes de capacité actuelle des écosystèmes à stocker ou déstocker du carbone. Et nous montrons ici que dans les systèmes qui ont actuellement un stock important de carbone, il est difficile de le conserver. Alors que ceux où les stocks sont faibles, on a plus de systèmes qui permettent de stocker. On montre qu’en moyenne, on a un léger déstockage en France, et que dans les situations où l’on peut stocker, on est plutôt autour de 2 ou 3 pour mille, et qu’on est donc loin du système à 4 pour mille [].

JDLE – A quoi sert ce concept de services écosystémiques dans les zones agricoles, alors que quantité d’études scientifiques font la démonstration que l’agriculture conventionnelle a ‘stérilisé’ tous les compartiments de l’environnement?

Olivier Thérond – Effectivement, une étude allemande récente a montré une perte de 75% de biomasse chez les insectes volants. On connait aussi les effets des pesticides sur les oiseaux dans les milieux agricoles. Il y a donc un effet assez négatif, voire très négatif, dans les systèmes agricoles basés sur une simplification de la diversité cultivée et l’utilisation des intrants. Ce que montre cette étude, c’est qu’il y aurait moyen de repenser des systèmes agricoles basés sur la biodiversité, qui fournissent des services écosystémiques à l’agriculture et à la société et qui serait beaucoup plus favorable à la biodiversité dans son ensemble.

JDLE – Quelles sont les pistes que vous proposez?

Olivier Thérond - Je refuse de tomber dans un discours idéologique sur ce qu’il faudrait faire. Ce que nous montrons, c’est que 4 grandes composantes de la biodiversité rendent la majorité des services: les auxiliaires des cultures, y compris les pollinisateurs; les couverts végétaux gérés (y compris les adventices, qui jouent un rôle d’habitat pour les auxiliaires de culture); les micro-organismes du sol, pour la fourniture en nutriments, la qualité de l’eau, la structuration du sol, la régulation du climat global; et la méso et la macro-faune du sol, qui ont un rôle d’ingénieurs de litière et d’ingénieurs du sol. Une agriculture qui chercherait à développer ces services devrait tendre à amplifier cette biodiversité, aussi bien en termes d’abondance que de diversité, et favoriser un bon état organique des sols, qui est à l’origine des différents services. Il existe donc probablement une voie de passage qui permettrait à l’agriculture d’être moins dépendante des intrants, beaucoup plus favorable à la biodiversité et qui développerait les services rendus à la société. Il faut diversifier, dans l’espace et dans le temps, les parcelles agricoles, et minimiser les perturbations. Minimiser le travail du sol. Etre parcimonieux avec les produits phytosanitaires, pour protéger les productions mais en pensant à leurs effets sur les réseaux trophiques à l’origine des services écosystémiques. Repenser des modèles d’agriculture qui prennent beaucoup plus en compte ces leviers et avoir des états de l’écosystème beaucoup plus favorables aux services écosystémiques, ce qui permettraient aux agriculteurs d’avoir des systèmes plus autonomes et moins dépendants des intrants, et qui répondent en plus aux grands défis de la société.

JDLE – C’est un constat qu’on entend depuis pas mal d’années déjà…

Olivier Thérond - On l’entend de manière générale depuis quelques années. Mais ce que l’on fait dans cette étude, c’est expliciter, sur la base de connaissances scientifiques, les propriétés de l’écosystème et les leviers pour les modifier.

 



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