Les serres chauffées sont-elles compatibles avec la bio?

Le 05 avril 2019 par Stéphanie Senet
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Chauffer une serre aux énergies fossiles c'est bio ?
Chauffer une serre aux énergies fossiles c'est bio ?
VLDT

Producteurs, transformateurs et distributeurs d’aliments bio s’opposent à la certification d’exploitations ayant recours à des serres chauffées.

 

Des tomates et des fraises bio en hiver? Totalement incompatibles avec la certification en agriculture biologique, estiment la Fnab[1] et le Synabio[2]. Les deux fédérations craignent que le Comité national d’agriculture biologique (Cnab), chargé de définir les caractéristiques et contrôles de la certification, ne donne son aval à ces projets déconnectés des saisons et fort gourmands en énergie. Alors qu’il devait se prononcer en décembre, puis le 4 avril, le Cnab a de nouveau reporté sa décision à juillet 2019.

Pression d’organisations de producteurs

Le règlement européen du 28 juin 2007 reste évasif, stipulant seulement que le cahier des charges doit imposer le respect des cycles naturels et une utilisation responsable de l’énergie. Des exploitations ayant recours aux serres chauffées existent donc en France, en particulier pour la culture de plants ou quelques produits de saison. Mais de nouveaux projets sont apparus. «Sous la pression d’organisations de producteurs, qui veulent faire du bio hors saison, la Cnab reste volontairement floue sur la question», résume Sylvie Corpart, représentante de la Fnab au comité. La fédération réclame que l’usage des serres chauffées soit strictement limité à la production de plants maraîchers et à leur maintien hors gel ainsi qu’aux productions de saison.

Attention aux modes de chauffage

Elle réclame aussi des énergies renouvelables. Car une tomate cultivée en France, sous serre chauffée, émet 4 fois plus de gaz à effet de serre qu’une tomate importée d’Espagne et 8 fois plus qu’une tomate produite en France en saison, selon l’étude FoodGES de l’Ademe[3]. «De nombreuses fermes utilisent déjà des chaudières à bois et des panneaux photovoltaïques. Il faut être prudent sur les unités de méthanisation pour éviter qu’elles n’accaparent des terres agricoles. Mais une unité installée dans un élevage, pour chauffer une production de fourrage sous serre, cela a du sens», résume Sylvie Corpart.

Les deux fédérations pressent le Cnab de trancher une bonne fois pour toutes. «Plus la décision est reportée et plus de nouveaux projets sortent de terre. Ce sera encore plus difficile de revenir en arrière. Il faut agir maintenant», conclut Jean-Marc Lévêque, président du Synabio.



[1] Fédération nationale d’agriculture biologique

[2] Syndicat national des transformateurs et distributeurs de bio

[3] Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

 



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