Les saumons, victimes de l’acidification en eau douce

Le 29 juin 2015 par Romain Loury
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De jeunes saumons avec leur sac vitellin
De jeunes saumons avec leur sac vitellin
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L’acidification ne constitue pas qu’une menace pour les océans, elle en est aussi une, bien moins connue, pour les rivières. Exemple avec le saumon, dont les individus juvéniles pourraient voir leurs chances de survie fortement compromises lors de l’arrivée en mer, révèle une étude publiée lundi 29 juin dans Nature Climate Change.

Le phénomène a déjà été démontré en mer: les poissons vivant dans une eau enrichie en CO2, donc plus acide, n’ont pas le même comportement. Ils s’avèrent notamment moins sensibles aux signaux olfactifs de menace, une témérité qui les rend plus vulnérables face à leurs prédateurs.

Or le même phénomène pourrait aussi toucher les poissons d’eau douce, milieu dont l’acidification a pour l’instant été bien moins étudiée que dans les océans. L’enjeu est pourtant de taille: ne contenant que 0,8% de l’eau présente sur Terre, les rivières recèlent environ 40% des espèces de poissons connues, rappellent Michelle Ou, zoologiste à l’université de la Colombie-Britannique à Vancouver, et ses collègues.

Les chercheurs ont étudié le saumon rose à bosse (Oncorhynchus gorbuscha). Comme tout salmonidé, il éclot en eau douce, demeure quelques semaines sur son lieu de ponte le temps de croître sur les réserves du sac vitellin accroché à son abdomen, puis migre en direction de la mer. Il y arrive au stade juvénile et y passe sa vie d’adulte, ne remontant sa rivière originelle que pour se reproduire et pondre.

Petits, mais pas peureux

Exposés à une eau enrichie en CO2, les jeunes saumons sont de plus faible taille, et exploitent moins bien les réserves vitellines, révèle l’étude. Comme les poissons exclusivement marins, ils s’avèrent moins sensibles aux signaux olfactifs de danger, même après que la surexposition au CO2 a cessé. Et au repos, ils passent bien plus de temps à buller au centre de l’aquarium qu’à nager sur ses bords, signe d’une faible anxiété.

Aussi petits que téméraires, les jeunes saumons biberonnés au CO2 pourraient donc être particulièrement vulnérables à leur arrivée en mer, étape où nombre d’eux se font déjà dévorer. «Etant donné le rôle écosystémique central joué par [les saumons] dans les chaînes alimentaires d’eau douce, marine et terrestre, ainsi que leur importance économique et culturelle pour les communautés indigènes [amérindiennes, ndlr], la hausse continue du CO2 pourrait avoir d’importantes implications», jugent les chercheurs canadiens.

Une bonne capacité d’adaptation?

Face à d’aussi sombres perspectives, le saumon n’est peut-être pas si démuni que cela, et l’évolution pourrait l’aider à s’adapter aux changements environnementaux, espère Philip Munday, biologiste marin à la James Cook University (Townsville, Australie).

«Point positif, c’est une espèce très abondante, très féconde, et qui achève son cycle de vie [de l’éclosion jusqu’à la reproduction, ndlr] en seulement deux ans. Ainsi, il est probable que des variations génétiques au sein des populations existantes puissent leur permettre de s’adapter aux futurs niveaux de CO2. Ils auront au moins 30 générations pour y parvenir avant la fin du siècle», juge-t-il.



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