Les salamandres européennes en péril imminent

Le 19 avril 2017 par Romain Loury
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La salamandre tachetée
La salamandre tachetée
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Ces amphibiens pourraient bien être au bord d’une épidémie majeure, au risque d’une extinction totale sur le continent européen. Et ce à cause du Batrachochytrium salamandrivorans, champignon asiatique d’une virulence inédite, révèle une étude publiée mercredi 19 avril dans Nature.

Cousin du Batrachochytrium dendrobatidis -impliqué dans la crise mondiale endurée par les amphibiens-, B. salamandrivorans («le dévoreur de salamandres») a fait ses premières victimes en 2010 parmi des salamandres tachetées (Salamandra salamandra) des Pays-Bas, avant de s’étendre à la Belgique.

Or ce champignon venu d’Asie, qui épargne grenouilles et crapauds, est d’une virulence extrême pour les salamandres et les tritons, faisant craindre pour des populations européennes déjà fortement fragilisées. Dans une nouvelle étude publiée dans Nature, l’équipe d’An Martel (université de Gand, Belgique), à l’origine de la description de ce champignon, considère même qu’il pourrait être fatal aux espèces européennes.

Mortalité proche de 100%

En laboratoire, l’exposition de salamandres à ce champignon révèle un risque d’infection de 33%, et une mortalité quasi-totale pour celles contaminés, avec un risque de survie de seulement 13% après 10 jours d’exposition. De plus, de faibles doses sont aussi mortelles que de fortes, et les animaux ne développent pas d’immunité face au pathogène. Si bien que, pour ceux ayant échappé à la contamination, ils ont toutes les chances d’y succomber lorsqu’ils seront infectés pour de bon.

Autre nouveauté, B. salamandrivorans frappe avant tout les individus ayant atteint la maturité sexuelle, plus souvent en contact avec d’autres individus. Spécificité par rapport à B. dendrobatidis, il existe aussi sous forme de «spores enkystés», recouverts d’une épaisse paroi: immobiles à la différence des spores non enkystés, ils sont aussi bien plus résistants.

Ces spores enkystés, présents à la surface de l’eau ou du sol, peuvent être transportés sur de longues distances, par exemple en s’attachant aux pattes d’oiseaux aquatiques. Ils peuvent même, comme le montrent les chercheurs, recourir à d’autres amphibiens (grenouilles, crapauds, tritons) comme réservoirs.

Vers une extinction en Europe?

Pour l’équipe d’An Martel, «les caractéristiques écologiques de cette maladie suggèrent que l’expansion de ce champignon pourrait rapidement extirper du continent toutes les populations de salamandres, qui lui sont très vulnérables». Seule solution, faire de la conservation ex situ, en élevant des salamandres en captivité pour les réintroduire a posteriori.

Outre la Belgique et les Pays-Bas, B. salamandrivorans a également été observé en Allemagne –ainsi qu’au Royaume-Uni, mais uniquement chez des terrariophiles qui avaient acheté des amphibiens asiatiques porteurs du champignon. «En France, cela nous pend au nez», estime auprès du JDLE le chercheur Claude Miaud, coordinateur du réseau de surveillance «Alerte amphibiens».

L’impact du champignon n’a été observé que sur «de petits lambeaux forestiers, où il a éradiqué de petites populations. Le phénomène sera-t-il le même dans de grands massifs, avec de plus grands effectifs, une plus grande diversité?», s’interroge le chercheur. S’il reste encore à beaucoup à apprendre sur ce pathogène, ses caractéristiques (mortalité proche de 100%, pas de résistance immunitaire même à doses faibles, spores enkystés résistants) font bien craindre une extinction d’espèces à l’échelle continentale, conclut Claude Miaud.



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