Les routes relient les hommes, mais morcellent la nature

Le 16 décembre 2016 par Romain Loury
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La nature, combien de divisions?
La nature, combien de divisions?

Dans une étude publiée vendredi 16 décembre dans la revue Science, des chercheurs américains montrent à quel point le réseau routier mondialmorcelle la nature, un phénomène négligé lors des débats sur la biodiversité.

Pierre Ibisch, de l’université du développement durable à Eberswalde (Allemagne), et ses collègues ont analysé les 36 millions de kilomètres du réseau routier, répertoriés dans deux bases de données, OpenStreetMap et gROADS -à l’exception de l’Antarctique et du Groenland. En estimant qu’une route a des effets environnementaux à 1 km, les zones sans route, au nombre d’environ 600.000, correspondent à 80% de la surface mondiale.

Plus de la moitié de ces fragments sont d’une surface inférieure à 1 km2, et 80% d’entre eux font moins de 5 km2. Densément peuplés, l’est des Etats-Unis, le sud du Canada, une grande partie de l’Europe et le Japon sont quasiment dépourvus de ces espaces: les routes y sont rarement situées à plus d’un kilomètre de distance.

Seuls 7% des fragments sont d’une taille supérieure à 100 km2 –à savoir la surface d’un carré de 10 km de côté. On les trouve dans la toundra et les forêts boréales de Russie et du Canada, dans les régions tropicales d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie du Sud-est. C’est en Amazonie que se situe le plus grand secteur vierge de routes.

Une menace pour la biodiversité

Les impacts des routes sur l’environnement sont multiples: déforestation, fragmentation des forêts, pollutions chimique et sonore, mortalité accrue de la faune sauvage du fait de collisions, moindre brassage génétique des populations, afflux d’espèces invasives. Sans compter que les routes, lorsqu’elles ouvrent l’accès à des territoires jusqu’alors épargnés, finissent toujours par en engendrer d’autres.

«Alors que les routes continuent de s’étendre [les chercheurs évoquent une croissance de 60% de la longueur du réseau mondial d’ici 2050, ndlr], le besoin se fait urgent de mettre en place une stratégie mondiale de conservation, de restauration et de surveillance des zones sans route et des écosystèmes qu’ils contiennent. Nous appelons les gouvernements à  éviter la construction, coûteuse, de routes dans les zones reculées, qui constituerait un désastre écologique», commente Pierre Ibisch.

Des zones moins protégées

Ces zones sont relativement peu protégées, révèle l’étude. Alors que les aires protégées couvrent 14,2% de la surface mondiale, ce chiffre tombe à 9,3% pour elles. Selon les chercheurs, cette faible protection s’explique par le fait que l’impact routier est peu reconnu.

A peine abordé dans les objectifs d’Aichi sur la biodiversité, le sujet ne figure qu’une seule fois dans les objectifs du millénaire pour le développement durable. A savoir dans l’objectif n°8, qui évoque leurs bienfaits économiques pour les régions rurales, sans égard pour les dégâts environnementaux.



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