Les risques liés au réchauffement se cachent aussi dans le sous-sol

Le 02 avril 2010 par Sabine Casalonga
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L’augmentation prévue des températures d’ici la fin du siècle pourrait recouvrir un danger encore peu connu: l’effondrement de cavités souterraines, présentes sur tout le territoire. 3.000 communes seraient particulièrement à risque. L’Ineris a présenté mardi 30 mars un rapport sur ce sujet encore émergent.

 

Si les images de la crue de la Seine à Paris en 1910 sont dans toutes les têtes, l’effondrement consécutif de la carrière de Lorroy (Seine et Marne) près de Nemours est beaucoup moins connu. Pourtant cet affaissement de terrain spectaculaire a rasé un hameau entier et fait 15 victimes, plus que les inondations elles-mêmes. Les buttes de Lorroy étaient un site d’exploitation de craie situé le long du Loing, un affluent de la Seine. La remontée d’eau de la nappe souterraine a provoqué la rupture de l’ouvrage. Plus récemment, en 1961, l’effondrement des carrières de craie à Clamart (Hauts-de-Seine) a fait une vingtaine de victimes et en 2001, la remontée de la nappe en Picardie, suite aux inondations, a été à l’origine de plusieurs accidents liés à des mouvements de terrain. Ces catastrophes n’étaient pas liées au changement climatique, mais celui-ci pourrait accroître le risque de survenue de tels événements.

 

En cette année anniversaire de la crue centennale de la Seine, l’Ineris s’est donc intéressé aux impacts du climat sur la stabilité des cavités peu profondes (carrières, sapes de guerre marnières etc.). A partir des prévisions du Giec, Météo France prévoit que le réchauffement de l’ordre de 2°C d’ici 2100 en France devrait conduire à des précipitations plus fréquentes en hiver, plus rares en été et accroître le risque d’inondation et de sécheresse. Or, cette évolution est susceptible d’influer sur les «battements de nappes», c'est-à-dire la variation du niveau des nappes souterraines dans le temps, elles-mêmes favorisant les instabilités dans certaines cavités, selon les experts. Mais les données sont encore rares et le rôle de l’eau, déclencheur ou seulement accélérateur des ruptures, est encore controversé. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) a débuté un projet de recherche à ce sujet.

 

Au-delà des retours d’expériences et de la synthèse bibliographique présentés dans son rapport, l’Ineris mène également plusieurs travaux sur ce thème, avec une trentaine d’ingénieurs (expérimentations sur sites et en laboratoire, modélisations). Plusieurs mécanismes seraient potentiellement en cause. Certaines roches très sensibles (argile, marnes, craie) voient leur résistance réduite en présence d’eau, tandis que d’autres sont sujettes à la dissolution (calcaire, sel, gypse). Le bassin parisien, qui s’étend sur le Centre-Nord de la France, de la Normandie aux Vosges, est constitué de craie et serait particulièrement vulnérable. Plusieurs centaines de milliers de carrières et cavités abandonnées, souvent en mauvais état et mal répertoriées, sont présentes dans tout l’Hexagone [voir la carte du BRGM: www.bdcavite.net]. 3.000 communes seraient concernées par le risque d’effondrement «hors mines».

 

L’objectif de ces recherches est de pouvoir constituer une carte des zones à risque. Dans l’Oise, l’Ineris a d’ailleurs participé à l’élaboration d’une telle carte dans le cadre du Plan de prévention des risques naturels (PPRN). «Le ministère chargé de l’environnement a des attentes à ce sujet», souligne Christophe Didier, directeur adjoint Sols et sous-sols à l’Ineris. Un projet national de «Plan cavités» [sur les risques liés ou non au changement climatique] serait à l’étude. Selon l’Ineris, «ces risques peuvent être traités à des coûts raisonnables». Les solutions vont de l’interdiction de construire au comblement des cavités, voire aux expropriations, en passant par l’information et la prévention auprès des populations.

 

Pour télécharger le rapport («Nouveautés en ligne») :

http://www.ineris.fr/



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