Les risques environnementaux, grands oubliés de la réflexion sur le troisième plan Cancer

Le 30 août 2013 par Marine Jobert
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Le cancer, 13% de la mortalité mondiale en 2008.
Le cancer, 13% de la mortalité mondiale en 2008.

Les premières pistes de réflexion sur le plan Cancer pour la période 2014-2018 ont été rendues publiques ce 30 août. Prévention, recherche, métiers, parcours de soins et vie du malade… Les causes environnementales des cancers sont évoquées a minima.

Les plans Cancer se suivent, mais se ressemblent-ils? Alors que le rapport final consacré au bilan du plan Cancer 2009-2013 était rendu il y a quelques jours au président de la République, de nouvelles recommandations viennent d’être dévoilées pour la période 2014-2018. Rédigées par Jean-Paul Vernant -hématologue à l’université Pierre et Marie Curie- elles ont été remises aux ministres des affaires sociales et de la santé, et de l'enseignement supérieur et de la recherche. Ce rapport servira de base à l’élaboration du troisième plan Cancer, annoncé par François Hollande en décembre 2012. Le cancer demeure en France la principale cause de mortalité avec 148.000 décès estimés en 2012 et 355.000 nouveaux cas par an.

 

Les perturbateurs endocriniens évacués

Très axé autour de la réduction des inégalités face aux soins, de l’implication des médecins généralistes ou de l’après-cancer, ce rapport n’aborde que très peu la question des expositions environnementales. Les «risques environnementaux» sont abordés rapidement dans le chapitre consacré à la prévention. «Les données épidémiologiques récentes et les estimations de risque attribuent aux expositions environnementales un nombre important de décès par cancer», constate l’ancien chef de service de l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, sans livrer de chiffre. La question des perturbateurs endocriniens est abordée rapidement -«certaines expositions comme celles concernant les perturbateurs endocriniens sont encore mal connues»- avant que de préconiser de vagues «[mesures] des expositions aux perturbateurs endocriniens». Il est recommandé de «limiter les sources de pollution atmosphériques urbaines et industrielles dont les gaz d’échappement des moteurs diesel» et de «limiter les toxiques polluants des eaux (pesticides)». Les radiofréquences, sommairement évoquées, ne font l’objet d’aucune préconisation. Fermez le ban.

 

Plus de recherche

Sur la question des moyens, le bilan 2009-2013 fait état de 91 projets de recherche sur les risques comportementaux et environnementaux[1] dans le domaine des cancers, d’une progression de la part du budget de recherche du plan Cancer consacrée à ce thème de 4% en 2009 à 12% en 2012, et de la mise en place de 7 cohortes nationales ayant trait au cancer. Jean-Paul Vernant, lui, préconise d’augmenter plus spécifiquement «le nombre d’équipes de recherche travaillant sur les liens entre cancer et environnement» et de «soutenir la constitution de cohorte permettant de mesurer les effets des expositions environnementales». Il recommande en outre de «caractériser cliniquement et biologiquement les cancers d’origine potentiellement environnementale» et de faire «des études comparatives avec des cancers ‘spontanés’».

 

Tabac en progression

Plus étoffé, le constat que dresse ce rapport de l’échec de la politique de lutte contre le tabac, cause principale de décès par cancer. «Les différents indicateurs concernant la consommation de tabac montrent que les objectifs fixés n’ont pas été atteints et que les inégalités sociales se sont aggravées en termes de consommation, faisant de la France un pays dans lequel ce risque augmente en comparaison avec les autres pays européens.» La consommation des jeunes progresse (hormis une légère diminution chez les filles de 15-19 ans) et celle des femmes continue d’augmenter. En recommandant de «stopper la politique de stigmatisation des fumeurs qui a démontré son inefficacité en particulier auprès des populations les plus vulnérables», le rapport préconise la mise en place du «paquet neutre», le remboursement «à 100% des substituts nicotiniques pendant trois essais d’arrêt», ou encore l’évaluation de «l’intérêt de la cigarette électronique dans la politique de sevrage».

 

Les ministères de la santé et de la recherche ont salué les propositions de Jean-Paul Vernant, qui «viendront enrichir le travail important des groupes de travail» mis en place par le gouvernement avec l'Institut national du cancer (Inca) pour élaborer le plan Cancer 3 qui sera «annoncé en début d’année 2014».

 



[1] La distinction n’est pas clairement opérée entre les deux dans le rapport.

 



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