Les risques du travail au froid

Le 25 avril 2006 par Christine Sévillano
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Snow-Loader
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De nombreux salariés des industries agroalimentaires ou de la construction sont exposés au froid. Les températures ne sont pas les seuls facteurs à prendre en compte, il ne faut pas négliger le vent à l’extérieur ou les mouvements d’air dans les ateliers. Tour d’horizon sur un risque mal représenté dans la réglementation.

L'exposition professionnelle au froid, qu'il soit naturel ou artificiel, doit être pris au sérieux même si la réglementation actuelle est très pauvre sur les risques encourus par les salariés travaillant dans ces conditions. L'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) a listé 4 grandes catégories d'exposition.



La première correspond au travail dans un atelier en particulier dans l'agroalimentaire, où les employés concernés ne sont pas seulement les opérateurs qui travaillent sur la chaîne de production et les manutentionnaires, caristes ou préparateurs de commandes, mais également le personnel qui s'occupe de l'installation ou de l'entretien des chambres froides par exemple.

Dans la seconde catégorie, ont été regroupés les salariés qui officient à l'extérieur comme ceux qui travaillent dans le BTP, l'industrie du transport, les ouvriers agricoles, ainsi que les employés de maintenance des bâtiments ou des lignes électriques. S'ajoutent les vendeurs en extérieur et certains personnels de la Défense nationale. Les risques pour ces salariés dépendent alors des conditions climatiques et plus particulièrement des températures extrêmement basses en hiver.

Autre catégorie: le travail en altitude qui concerne surtout les personnels des stations de ski mais aussi les employés du BTP de haute montagne. Sa particularité tient à l'hypoxie, c'est-à-dire la diminution de l'oxygène dans les tissus provoquée par l'altitude, qui diminue l'efficacité des moyens physiologiques de lutte contre le froid.

Enfin, l'INRS a identifié le travail en eau froide qui est surtout le fait de plongeurs professionnels ou de techniciens chargés de diagnostiquer des matériaux sous-marins. Dans ce cas, le port de combinaisons isolantes est obligatoire.

L'exposition prolongée au froid engendre principalement des risques d'hypothermie et l'engelure. La première, qui peut-être mortelle, témoigne d'une chute de la température interne inférieure à 35°C. Les engelures sont des lésions cutanées, les moins graves sont sans séquelle, mais les expositions longues à de très basses températures peuvent entraîner des nécroses du tissu qui peuvent être graves, voire permanentes.

D'autres pathologies peuvent être le résultat d'une exposition au froid comme des troubles musculo-squelettiques (TMS). «Toutes ces pathologies qui touchent le dos, les membres inférieurs ou supérieurs ne sont pas seulement liées à des gestes répétitifs. Elles sont multifactorielles et peuvent être dues au stress, aux vibrations mais aussi au froid», explique Yaël Ganem, médecin et conseillère médicale à l'INRS. Le syndrome de Raynaud est une autre conséquence éventuelle de l'exposition au froid, il touche les vaisseaux entraînant une sensibilité des extrémités. Conséquence: une baisse de la dextérité et de la sensibilité tactile. «En fait, nous n'avons quasiment pas de déclaration de maladie ou d'accident professionnels directement à cause du froid. Nous sommes surtout confrontés à des accidents secondaires suite à des expositions au froid», poursuit Yaël Ganem. Une situation qui explique peut-être qu'on ne dispose pas de chiffre sur le nombre de salariés exposés en France.

Afin de mieux évaluer les risques, il ne faut pas seulement prendre en compte la température, mais aussi le vent en extérieur ou les mouvements d'air à l'intérieur des locaux; ce qui n'est pas du tout envisagé dans la réglementation, puisque le Code du travail ne préconise aucune valeur seuil. Seul un article souligne de ne pas exposer les femmes enceintes à des températures inférieures à 0°C, sans oublier quelques dispositions consacrées à l'aménagement des locaux ou aux conditions de travail à l'extérieur. «Pourtant, même à 5°C, si la vitesse du vent est de 30 kilomètres/heure (km/h), il existe un risque. A l'INRS, nous utilisons l'indice de refroidissement éolien, mis au point par des météorologues canadiens, afin de percevoir le degré du risque. Par exemple, le risque est faible à –20°C et avec 5 km/h de vent, alors que le risque est modéré à –15°C avec 25 km/h de vent», illustre la médecin. Le risque est élevé à –35°C avec 5 km/h de vent. Il augmente en cas de cadences de travail élevées ou d'efforts physiques intenses car la peau est plus sensible au froid avec la transpiration. De même les salariés encourent plus de risques quand les pauses sont trop courtes, les vêtements non adaptés au froid ou lorsque la peau peut être en contact avec des surfaces métalliques à des températures inférieures à -7°C.

Dans ces situations, l'INRS conseille aux industriels d'adapter le poste de travail et l'organisation, avec par exemple la mise en place d'aides à la manutention manuelle pour réduire la charge physique de travail. Il suggère d'équiper les salariés de vêtements et de gants adéquats, de choisir pour le sol des matériaux adaptés au froid ou encore de dispenser des formations, de diffuser de l'information sur les risques, voire apposer une signalisation spécifique à l'entrée d'une zone de froid extrême, s'il existe des surfaces froides ou glissantes. Pour les chambres froides, les experts préconisent la mise en place d'alarmes en cas d'enfermement accidentel; ou la réduction de condensation intérieure avec la mise en place d'une aération adaptée. Enfin, l'institut recommande également d'adapter des plages de récupération plus longues après des expositions à des températures très basses ou de ne pas négliger le travail en binôme.




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