Les risques chimiques en mer encore mal maîtrisés

Le 25 mai 2010 par Sabine Casalonga
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Alors que la marée noire dans le Golfe du Mexique est au cœur de l’actualité, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) a présenté mardi 25 mai les résultats d’une étude sur les risques liés aux fuites accidentelles de substances chimiques en mer, un risque mal connu et moins maîtrisé que celui lié aux hydrocarbures.

La pollution chimique sera indemnisée
Un fonds d’indemnisation pour les pollutions chimiques en mer, pourrait bientôt voir le jour, sur le modèle du FIPOL pour les hydrocarbures. Sa création a été actée par 70 Etats membres de l'Organisation maritime internationale (OMI) lors d'une conférence fin avril à Londres. La Convention internationale sur la responsabilité et les compensations en cas de dommages liés au transport maritime de substances toxiques et dangereuses de 1996 (Convention HNS) pourrait entrer en vigueur dans 18 mois. Après le recours dans un premier temps au propriétaire du navire, une indemnité -plafonnée à 375 millions de dollars- pourrait être versée par ce Fonds financé par les Etats Parties.
« Si beaucoup d’études de danger ont été réalisées sur les risques liés au stockage terrestre de gaz et liquides dangereux, il existait très peu de données sur de tels risques en mer, d’où l’idée du programme Galerne (1)», explique Franch Cabioc’h, coordinateur du projet et responsable du service d’intervention au Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre).

Depuis 20 ans, le transport des produits chimiques n’a cessé d’augmenter. Dans la Manche - où transite un quart du trafic maritime mondial - les tonnages sont ainsi passés de 30 millions en 1988, à 150 millions en 2000. Le Gaz de pétrole liquéfié (GPL) a vu son trafic croître de 10% par an. Environ 200 méthaniers de capacité élevée (jusqu’à 75.000 tonnes), 1.000 GPLiers (5.000 tonnes) et 3.000 chimiquiers (5.000 tonnes) sont actuellement répertoriés. « Or, le risque d’accidents par collisions de navires est assez élevé (0,0001 par an et par navire) du même ordre que le risque de décès par accident routier », indique Christophe Proust, référent technique du pôle des phénomènes dangereux à la direction des risques accidentels de l’Ineris

Sur les 69 accidents recensés entre 1947 et 2002, les déversements chimiques étaient dus pour les deux-tiers à des fuites sur les cuves des navires, suite à des collisions avec d’autres navires ou des récifs. Néanmoins, aucun accident grave ne s’est jusqu’à présent produit. Le naufrage du Ievoli Sun au large des Côtes d’Armor et du Cotentin, le 31 octobre 2000, avait pourtant conduit au rejet de plusieurs milliers de tonnes de produits dont près de 4.000 tonnes de styrène, une substance toxique.

Si l’impact des hydrocarbures sur l’environnement est évident, les substances chimiques peuvent être immédiatement dangereuses pour l’homme, notamment par leur capacité à former des nuages inflammables ou explosifs. Les risques concernent à la fois l’équipage du navire, les services de secours ainsi que les populations côtières.

Le projet Galerne (2006-2009) a porté sur 7 gaz liquéfiés ou liquides: le Gaz naturel liquéfié (GNL : méthane), l’ammoniac, le chlorure de vinyle monomère (CVM), le propane, l’éthylène réfrigéré, les xylènes et le benzène.

Les chercheurs ont d’abord établi 15 scenarii d’accidents tenant compte de conditions météorologiques variées et de plusieurs diamètres de brèche dans la coque du navire (de 20 cm2 à 2 m2). Le comportement des produits rejetés en mer a ensuite été analysé à partir de modélisations et d’essais à petite échelle. Il a ainsi été montré que l’évaporation et la dispersion des gaz en mer n’obéissaient pas aux mêmes lois que sur terre. « La présence d’eau induit une évaporation plus rapide des gaz et favorise ainsi la dispersion du nuage, rendu moins toxique », explique Christophe Proust.

Dans le cas du scénario extrême (brèche de 2 m2), les modèles ont permis d’estimer la taille des nuages toxiques pour chaque substance. Ainsi l’ammoniac, le gaz le plus toxique étudié, pourrait constituer une menace importante, en engendrant un nuage toxique de 100 km de long et de 250 m de haut. Les CVM produiraient le nuage inflammable le plus difficile à gérer (8,3 km de long sur 10 m de haut). Ces modèles auraient toutefois surestimé le risque en ne prenant pas en compte l’effet dispersant des vagues ou la solubilité du produit dans l’eau, estiment les chercheurs.

Au final, le programme a abouti à l’élaboration de fiches d’intervention, contenant des informations sur les scénarii d’accidents et les zones à risques et destinées aux sauveteurs en mer.

L’étude a toutefois montré les limites de la modélisation. Une validation des outils pour des rejets massifs, des essais à grande échelle ainsi que l’étude d’autres substances seraient donc nécessaires.  « On est encore loin de pouvoir déterminer les conséquences d’une collision grave avec un navire transportant 200.000 m3 de gaz ou liquides dangereux », conclut Franch Cabioc’h.

(1)  Le programme Gaz et Liquides Evaporants et Risques de Nuisances Environnementales et humaines (Galerne), coordonné par le Cedre, a associé divers partenaires dont l’Ineris, Météo France, le Bureau Veritas, la Marine Nationale, la Direction de la sécurité civile et GDF-Suez.  D’un budget total de 958. 000 €, il a été financé principalement par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et a également reçu un soutien financier de Total Petrochemicals et de Total Gaz et Energies Nouvelles

 



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