Les retombées de Fukushima pèseront lourd sur le nucléaire français

Le 28 juin 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Il faudra une soixantaine de groupes diesel de secours
Il faudra une soixantaine de groupes diesel de secours

Lors de la présentation de son rapport annuel, l’Autorité de sûreté nucléaire a présenté la feuille de route de la remise à niveau des installations françaises.

C’est avec deux mois de retard que le gendarme du nucléaire (l’Autorité de sûreté nucléaire, ASN) a rendu public, ce matin 28 juin, son rapport annuel sur l’état de la sureté nucléaire et de la radioprotection. «Habituellement, l’ASN soumet son rapport, en avril, aux membres de l’office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, mais en avril, il n’y avait personne à l’Opesct», s’excuse presque André-Claude Lacoste, le président de l’Autorité.

Dans un très volumineux document (plus de 500 pages!), l’ASN dresse un tableau exhaustif des événements et incidents ayant émaillé l’actualité du secteur, l’an passé. «2011, comme chaque année depuis un certain temps, a été assez satisfaisante», tempère toutefois le directeur général, Jean-Christophe Niel.

Une année marquée par 66 incidents classés au niveau 1 de l’échelle Ines (qui en compte 7) et un événement classé au niveau 2. Une échelle de valeur parfois trompeuse. Certes, deux fois moins d’incidents qu’en 2010 ont défrayé la chronique l’an passé, mais le grave accident ayant secoué l’usine Centraco[1] [JDLE] n’a été classé qu’au premier échelon Ines. «Or il s’agit d’un accident industriel grave qui a causé la mort d’une personne et en a blessé quatre autres», rappelle Jean-Christophe Niel.

Bref, pour ce qui concerne l’exploitation des installations nucléaires (du réacteur de puissance à l’usine de combustible en passant par les installations du CEA), 2011 est plutôt un bon millésime. Une attention particulière est tout de même portée à la centrale de Saint Alban (Isère), dont les «indicateurs» de protection de l’environnement et de sûreté sont dans le rouge depuis trois ans. Sa direction doit d’ailleurs rapidement mettre en œuvre un plan de remise à niveau, confie le DG de l’ASN.

L’année en cours sera, bien sûr, très différente de 2011. La faute à la… politique et à la catastrophe de Fukushima.  Durant la campagne électorale, François Hollande avait promis la fermeture de la centrale de Fessenheim. «à l’époque, note André-Claude Lacoste, c’était le candidat Hollande qui s’exprimait.» Aujourd’hui, les choses avancent, en Alsace. Et peut-être pas forcément dans le sens souhaité par les anti-nucléaire.

«L’ASN a indiqué, en juillet 2011, que Fessenheim pourrait continuer à fonctionner si EDF épaississait le radier des réacteurs. Ces travaux doivent être achevés mi-2013, sinon la centrale s’arrête. EDF nous a déjà transmis ses études, nous les étudions», poursuit le président de l’ASN. La plus ancienne centrale de France n’a peut-être pas produit ses derniers mégawattheures?

Evidemment, ce sont les suites de la catastrophe de Fukushima qui mobilisent les neurones des experts. L’an passé, les autorités de sûreté européennes et leurs bras technique (l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire en France -IRSN) ont réagi avec célérité. A peine quelques semaines après l’explosion des bâtiments réacteurs de la centrale nippone démarrait une campagne de stress tests et d’évaluations complémentaires de sûreté, inédite en France et en Europe.

Réalisée au printemps, elle a permis de dresser l’état des défenses des installations nucléaires les plus importantes contre des agressions externes que les experts ne prenaient pas en compte jusqu’à ce que l’impensable se produise: une vague d’une quinzaine de mètres de haut engloutit une centrale nucléaire.

«En France, ce qui pourrait s’apparenter au tsunami, c’est une rupture de barrage», explique André-Claude Lacoste.

De cet impressionnant audit est né un nouveau concept de défense: les noyaux durs. Imaginé par les ingénieurs de l’IRSN [JDLE], il s’agit de protéger certains éléments vulnérables mais vitaux d’une centrale: les cuves à fioul du groupe diesel de secours, les filtres à sable des enceintes de confinement, l’alimentation électrique de la salle de commande, etc.

L’ASN a demandé aux grands opérateurs (EDF, Areva, CEA) de lui établir, avant juillet 2012, une feuille de route des travaux à réaliser, site par site. Un travail déjà réalisé par Areva, indique aujourd’hui le groupe nucléaire, dans un communiqué.

D’ores et déjà, l’ampleur de ce programme de mise à niveau est connue, ainsi que son échéancier. Tout devra être achevé d’ici 2018.

Mais les travaux commencent maintenant. EDF devra notamment renforcer les digues des centrales du Blayais (Gironde), de Fessenheim (Haut-Rhin) et du Tricastin (Drôme et Vaucluse) avant 2014. Les batteries des 58 réacteurs de puissance devront voir leur autonomie augmenter d’ici 2015. En attendant la mise en service de gros groupes diesel «bunkerisés», en 2018, des groupes de secours devront être installés avant 2014.

Si le montant du devis global n’est pas encore connu, des ordres de grandeur circulent. EDF pense devoir investir une dizaine de milliards d’euros pour doter ses sites des noyaux durs prescrits par l’ASN. «Ce chiffre ne me paraît pas invraisemblable», commente André-Claude Lacoste.

Areva, de son côté, devra essentiellement renforcer la sûreté des piscines de refroidissement de l’usine de La Hague (Manche), notamment en confortant leur étanchéité et en prévoyant des systèmes d’alimentation en eau de secours. Ce qui pourrait coûter quelque 200 M€, soit 10% de son «budget sûreté» pour les années  2012-2016.

«Mais on ne doit pas se contenter des seuls aspects mécanique», souligne le patron de l’ASN.

Raison pour laquelle l’ASN et ses parties prenantes réfléchissent à l’intégration des facteurs sociaux, organisationnels et humains dans la prévention des accidents majeurs. «Ces installations sont gérées par des hommes et des femmes qui sont des salariés des exploitants et des sous-traitants.  Ces derniers, comme on l’a vu à Fukushima, connaissent parfois mieux les installations que leurs employeurs. Nous devrons le prendre en compte», conclut-il.



[1] sur le site nucléaire de Marcoule (Gard)

 



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