Les relations américano-européennes ne gazent pas tellement

Le 27 mars 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Obama n'a pas donné d'accès prioritaire aux gaz américain.
Obama n'a pas donné d'accès prioritaire aux gaz américain.
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Les Européens espéraient pouvoir compter sur leur allié américain pour réduire leur dépendance au gaz et au pétrole russes. Peine perdue.

L’annexion de la Crimée par la Russie a pris tout le monde de court. Ce n’est plus un scoop. En jetant ses troupes sur la presqu’île contestée, Vladimir Poutine a aussi torpillé la politique énergétique... européenne.

Car depuis que Moscou a redonné vie à son impérialisme en Europe, l’Europe, elle, feint de découvrir sa dépendance aux sources d’énergie russes. Entre 2006 et 2010, rappelle un récent rapport de la Commission, les membres de l’UE ont importé 62% de leur énergie primaire. Sur le lot, la Russie a fournit 30% du pétrole et 35% du gaz consommés par les Européens.

Pis, les pays baltes, la Finlande, la Bulgarie, la République tchèque, la Slovaquie ou la Slovénie dépendent exclusivement de leur ancien Grand frère pour leur approvisionnement en gaz naturel.

Une accoutumance à la dépendance

Curieusement, cette position convenait jusqu’à présent très bien à l’Europe. Tant et si bien, souligne l’Agence internationale de l’énergie (AIE), que le taux de dépendance énergétique européen pourrait atteindre 80% d’ici 2035. Mais voilà! La Russie n’est désormais plus fréquentable. On pourrait même sanctionner ses agissements en Ukraine.

Lors du Conseil européen des 20 et 21 mars, les 28 chefs d’Etat et de gouvernement ont commandé à la Commission, pour juin prochain, «un plan global de réduction de la dépendance énergétique de l'UE».

Les principaux chapitres de ce programme sont connus: diversification de l’approvisionnement énergétique, achat d’énergie en commun, développement des énergies renouvelables, développement des infrastructures de transport, notamment des interconnexions.

 

Réflexe importateur

L’annonce du lancement de cet exercice de planification n’a pas empêché les Européens de retrouver leur vieux réflexe d’importateur. Mercredi 26 mars, la Commission recevait avec faste le président américain. Au menu des discussions: l’Ukraine, l’état de l’internet, le projet de la coopération en matière de sécurité, le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP) et l’énergie.

Lors de la conférence de presse, les deux responsables européens ont lourdement demandé à Barack Obama un meilleur accès aux sources d’énergie américaines, et notamment au gaz américain.

Car, avec le boom des gaz non conventionnels, l’Oncle Sam non seulement n’importe plus de gaz, mais il commence à en exporter. Ces dernières semaines, Washington a autorisé l’exportation de 65 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié vers les pays non signataires d’un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. A ce titre, GDF Suez va pouvoir vendre à qui voudra 2 millions de tonnes par an de gaz liquéfié produit, avec Sempra, sur le site de Cameron (Louisiane).

 

Pas d’accès au gaz de schiste US

Comme l’on pouvait s’y attendre, Barak Obama n’a pas donné suite aux demandes des présidents du Conseil européen et de la Commission, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso. Le locataire de la Maison blanche a rappelé que les gaziers américains vendraient leurs cargaisons sur le marché mondial, pas à une région particulière. Le président américain a aussi appelé ses interlocuteurs à bâtir leur politique énergétique avec leurs propres ressources: «Il n’y a pas de sources d’énergie gratuites, idéales et parfaites», a conclu le président américain.

Gavés de gaz russe et privés de gaz américain, quelles voies s’ouvrent aux Européens pour conquérir leur indépendance énergétique? Les gouvernements britannique et polonais ont la solution: les gaz de schiste. A supposer que les gisements du Vieux monde soient aussi riches qu’annoncé par les géologues du service de statistique du département de l’énergie américain, leur mise en production prendra du temps. Une récente étude du consultant spécialisé Pöyri n’imagine pas que les shale gas européens puissent changer la donne énergétique avant… 2035.

Bien sûr, il y a la transition énergétique. Mais qu’on la conjugue à l’allemande, à la française ou à l’européenne (avec la mise en œuvre du paquet Energie Climat 2030), cette évolution ne donnera pas ses fruits avant deux ou trois décennies.

Bref, les Européens se sont jetés dans les bras de Gazprom, le géant gazier russe. Et risquent d’avoir bien du mal à s’en défaire.



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