Les récifs coralliens isolés, source d’inspiration pour les AMP

Le 10 octobre 2016 par Romain Loury
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1,5% des récifs coralliens mondiaux
1,5% des récifs coralliens mondiaux

Les aires marines protégées (AMP) constituent-elles une référence ultime pour la biodiversité? Pas si sûr: selon les résultats du projet français Pristine, la biomasse est jusqu’à huit fois plus abondante dans les récifs coralliens isolés, parmi les derniers lieux vierges de la planète. Interview de l’un de ses initiateurs, le chercheur montpelliérain David Mouillot de l’unité mixte de recherche Marbec (MARine Biodiversity, Exploitation and Conservation).

Lancé en 2012 par le CNRS, l’IRD[i], l’université de Montpellier et la Fondation Total, le projet Pristine (terme anglais qui signifie «primitif, virginal»), mené en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Tonga, vient de s’achever. Son objectif: explorer les derniers récifs coralliens vierges de toute présence humaine, afin d’observer la biodiversité marine dans son état originel. Eloignés d’au moins 20 heures de trajet de la dernière présence humaine, ces récifs isolés ne constituent que 1,5% du total présent sous les mers.

JDLE: Qu’a révélé Pristine en matière d’état des récifs coralliens?

David Mouillot: Notre objectif était d’aller voir ces mondes loin de tout, totalement préservés de la présence humaine, avant qu’il ne soit trop tard. La question que nous nous sommes posés, c’est: quel doit être l’état de référence pour évaluer l’efficacité des AMP? Vues de l’extérieur, celles-ci nous paraissent forcément efficaces lorsqu’on les compare à des lieux non protégés. Or Pristine a montré que dans ces récifs coralliens isolés, on trouve jusqu’à 8 tonnes de poisson par hectare, contre environ 1 tonne dans les AMP. Et cette abondance touche tous les niveaux de la chaîne trophique, jusqu’aux grands prédateurs que sont les requins. C’est donc ce type d’écosystème qui devrait servir de référence en matière de biodiversité marine.

JDLE: Le voisinage humain constitue-t-il ainsi une atteinte irrémédiable à la santé des récifs coralliens?

David Mouillot: La situation n’est pas aussi manichéenne. Dans une étude menée dans le cadre de Pristine, nous avons ainsi montré que certains lieux, que nous avons appelés «bright spots», s’en sortent mieux que d’autres. Par exemple la Papouasie-Nouvelle Guinée, ou l’archipel des Chagos [dans l’Océan Indien]. Malgré la présence humaine, l’adoption de mesures de cogestion, impliquant aussi bien la population, les pêcheurs et le gouvernement, a permis de préserver ces ressources mieux qu’ailleurs. Même si la Nouvelle-Calédonie est plutôt du bon côté, la France ne compte aucun de ces «bright spots». Elle compte même un «dark spot», l’île de La Réunion, où l’état des récifs coralliens pourrait être bien meilleur qu’il ne l’est, en matière de biodiversité marine.

JDLE: Une fois fixée une référence en matière de biodiversité, quels projets?

David Mouillot: Nous venons de lancer le projet Apex [pour prédateurs apicaux, ceux en haut de la chaîne alimentaire, tels les thons et les requins]. L’objectif est de mieux connaître les migrations qu’effectuent ces espèces mobiles, dont nous savons au final très peu de choses. A ce jour, nous avons marqué 300 requins en Nouvelle-Calédonie, dont nous observerons les déplacements. Ce qui nous permettra de déterminer les zones les plus critiques pour la biodiversité dans le parc naturel de la Mer de Corail [plus grande AMP française, de 1,3 million de km2], afin de savoir comment la partitionner au mieux.



[i] CNRS: Centre national de la recherche scientifique; IRD: Institut de recherche pour le développement.

 



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