Les pyréthrinoïdes liés à un risque cardiovasculaire

Le 06 janvier 2020 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Des produits plus utilisés à domicile que le glyphosate
Des produits plus utilisés à domicile que le glyphosate
DR

Les insecticides de la famille des pyréthrinoïdes seraient liés à un risque accru de mortalité d’origine cardiovasculaire, révèle une étude publiée dans JAMA Internal Medicine. Or il s’agit des biocides les plus présents dans les foyers français.

Selon l’étude Pesti’Home, publiée début octobre 2019 par l’Anses[i], les trois biocides les plus souvent retrouvés au domicile des Français sont tous des pyréthrinoïdes: 23,5% des ménages en stockent au moins un chez eux, en particulier la cyperméthrine, la perméthrine et la tétraméthrine –ces deux derniers étant désormais interdits à la vente. Juste devant le glyphosate, retrouvé chez 20% des ménages.

Or les pyréthrinoïdes sont loin d’être inoffensifs: déjà liés à des troubles du développement cérébral chez l’enfant, ils seraient aussi nocifs chez l’adulte, révèle l’étude menée par l’équipe de Hans Joachim Lehmler, du College of Public Health à l’université d’Iowa (Iowa City).

Portant sur 2.116 adultes, chez qui les chercheurs ont dosé la présence urinaire de 3-PBA (acide 3-phénoxybenzoïque, métabolite majeur des pyréthrinoïdes), elle révèle un risque accru de mortalité chez les plus imprégnés.

Un risque cardiovasculaire triplé

Après ajustement sur l’âge, le sexe, le poids, les habitudes alimentaires, le tabagisme et autres facteurs de confusion, le tertile[ii] des personnes présentant le plus de 3-PBA dans leur urine avaient un risque accru de mortalité de 56% au cours de la période de suivi, de 1999 à 2015.

Ce surrisque semble principalement à la mortalité cardiovasculaire, multipliée par 3 dans ce groupe de personnes. En revanche, la mortalité cancéreuse ne différait pas d’un groupe à l’autre.

Selon les chercheurs, ce résultat concorde avec des études menées chez l’animal, qui ont montré que des rats exposés à des pyréthrinoïdes présentaient plusieurs signes d’altération cardiovasculaire: plus haut taux de cholestérol, inflammation plus élevée, oxydation accrue des lipides et des protéines présentes dans les cellules cardiaques.

Aux Etats-Unis, l’exposition aux pyréthrinoïdes pourrait être encore plus élevée qu’en France: ces substances y sont encore utilisées comme méthode de contrôle des moustiques, pour prévenir notamment contre la fièvre du Nil occidental. En France, seule la deltaméthrine est autorisée pour cet usage, sous dérogation, en présence de cas humains avérés.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[ii] Un tertile correspond à un tiers des participants, en l’occurrence les plus imprégnées.